‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 681 sur 689 · ACTE IV, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE I

Mon, il n'est point d'autorité à Venise qui puisse changer un décret établi. Cet exemple sertit cité : on s'en prévaudrait pour introduire mille abus dans l'état. Cela ne peut pas être.

SHYLOCK

C'est un Daniel venu pour nous juger! oui, un Daniel ! O jeune et sage juge , je t'honore !

PORTJA.

Faites-moi voir le billet, je vous prie.

SHYLOCK

Le voilà, révérendissime docteur; le voilà.

Shylock , on vous offre le triple de la somme.

SHYLOCK

Un serment, un serment. J'ai juré à la face du ciel; me mettrais-je un parjure sur la conscience? Non, je ne le ferai pas pour tout Venise.

Le délai fatal est expiré, et le Juif est en droit d'exiger une livre de chair coupée tout près du cœur du marchand. — Laisse-toi toucher; prends le triple de la somme, et permets que je déchire le billet

SHYLOCK

Oui , qnand il se* payé suivant sa teneur. Il paraît que vous êtes un juge intègre ; vous connaissez la loi, vous avez très judicieusement exposé le cas; je vous somme, an nom de cette loi, dont vous êtes un bien digne appui , de procéder au jugement. Je jure sur mon âme que langue d'homme ne parviendra jamais à me faire changer. J'attends ici qu'on satisfasse à mon billet.

ANTONIO

Je supplie instamment la cour de rendre son jugement.

Eh bien! il faut préparer votre sein à recevoir son couteau.

SHYLOCK

O noble juge! O excellent jeune homme!

T/»tentk>n de la loi est ici manifeste. Il faut qoe les conditions du billet se remplissent.

SHYLOCK

cela est jus». O le bon et sage juge! Que tu es m'en plus vieux que tu ne le parais!

SHYLOCK

Oui , son sein : le billet le dit. N'est-il pas vrai, noble juge? Tout près de son coeur; C2 sont les propres mots.

Oui. Avez-vous ici des balances pour peser la chair?

SHYLOCK

J'en al de toutes prêtes.

Shylock , il faut avoir auprès de loi quelque chirurgien à vos frais, pour bander sa plaie, de peur qu'A ne perde son sang jusqu'à mourir.

SHYLOCK

Cola est-il spécifié dans le billet?

Non, pas expressément; mais qu'importe? 11 serait bien que vous le fissiez par charité.

SHYLOCK

Je ne l'y trouve point. Cela n'est point dans le billet.

Approchez , marchand , avez-vous quelque chose à dire?

ANTONIO

Peu de chose. — Je suis prêt , et armé de fermeté. Donnez-moi votre main, Bassanio. Adieu, ne vous affligez point de l'extrémité où je suis réduit pour vous; car en ceci la fortune se montre plus indulgente qu'à son ordinaire. Elle a toujours coutume de laisser les malheureux survivre à leurs biens, et voir, avec les yenx caves et un front chargé de rides, une vieillesse accablée de misère. Elle me délivre des langueurs de cet affreux état — Parlez de moi à votre épouse. Racontez-lui l'enchaînement des hasards qui ont causé la mort d'Antonio. Dites-lui combien je vous aimais. Petgnez-moi mourant avec courage, et votre récit fini, qu'elle juge si Bassanio eut un ami. Ne tous repentez point de la cause qui vous fait perdre votre ami , comme il ne se repent point de satisfaire pour votre dette. Que le Juif enfonce son couteau , je consens à la payer de tout le sang de mon cœur.

BASSANIO

Antonio, j'ai épousé une temme qui m csl plus

LE MAKCIIAND DE VENISE

chère que la vie ; maïs ma vie, ma femme et l'univers entier ne me sont pas plus précieux que vos jours. Je consentirais à tout perdre , oui , à tout sacrifier à ce Lucifer, pour tous délivrer.

rORTIA.

Votre femme ne vous remercierait pas de cette offre, si elle vous l'entendait faire.

GRATIANO

J'ai une femme que j'aime , je vous le proteste. Je voudrais qu'elle fût dans le ciel , et qu'elle pût là intercéder auprès de quelque puissance , pour changer le cœur de ce Juif brutal.

bien de dire cela loin d'elle ; sans vœu troublerait la paix du ménage.

SHYLOCK, à put.

Voilà les époux chrétiens. J'ai une fille ; j'aimerais mieux la marier à un rejeton de la souche de Barabbas qu'à un chrétien.— Nous perdons le temps. Fais prononcer la sentence, je te prie.

Une livre de chair de ce marchand t'appartient ; la cour te l'adjuge , et la loi te la donne.

SHYLOCK

O juge intègre!

Et tu dois couper cette chair sur son sein; la loi et la cour te l'accordent.

SHYLOCK

Le savant juge! Voilà une sentence! Allons; préparci-vous.

Arrête un instant. Ce n'est pas tout. Le billet ne t'accorde pas une goutte de sang : les termes sont exprès, une livre de chair. Prends ce qui t'est dû ; prends ta livre de chair. Mais si , en la coupant , lu verses une seule goutte de sang chrétien , les lois de Yenise ordonnent la confiscation de tes terres et de tes biens au profit de la république.

GRATIANO

O le juge intègre! Vois-tu. Juif? le savant juge!

SHYLOCK

Est-ce là la loi? .

On la produira à tes yeux. Puisque tu presses qu'on te fasse justice , sois certain qu'on te la fera plus que tu ne voudras.

GRATIANO

O le savant juge! Vois-tn, Juif? le sanwjic!'

SHYLOCK

En ce cas-là , j'accepte son offre. Qu'on m compte trois fois le montant de l'obligation, à qu'on relâche le chrétien.

Voici ton argent.

Doucement : on rendra pleine justice an Juif. — Doucement : ne vous pressez pas; — lesaaditions du billet seront remplies à la lettre.

O Juif! un juge intègre , un savant juge !

Ainsi , prépare-toi à couper la chair. Ne wv point de sang. Ne coupe ni plus ni moins. St a coupes plus ou moins d'une livre, quand ce» serait que la vingtième partie d'an grain, bis plus, si la balance penche de la valeur d'an deveu, tu es mort, et tous tes biens sont coafcqués.

GRATIANO

Un second Daniel; un Daniel, Juif! taW* je te tiens maintenant.

Eh bien, Juif, pourquoi balancer? Prends qui t'est dû.

SHYLOCK

Donne-moi mon principal, et je m'es tak

BASSAMO.

Le voici tout prêt : tiens.

Il l'a refusé en présence de la cour ; on loi m- (Ira justice, purement et simplement, d'après k teneur de son billet.

GRATIANO

Un Daniel , te dis-je , un second Daniel! )t 't remercie, Juif, de m'avoir appris ce mot SHYLOCK.

Comment! je n'aurais pas même au moins c-1 principal?

Tu n'auras que ce qui t'est dû, Juif, a K*1*" ques et périls.

SHYLOCK

Eh bien ! que lediaWelui en donnedoocÎKfl*' I je ne veux plus rester à perdre ici mon temf*

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