‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 123 sur 294 · ACTE II, SCÈNK III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNK III

saisir l'occasion favorable : que ses refus augmentent vos empressemens ; que les devoirs que vous lui rendez paraissent l'inspiration naturelle de votre cœur : montrez-vous soumis en tout à ses volontés , et ne lui désobéissez que lorsqu'elle vous ordonne de vous éloigner d'elle : sur ce seul article paraissez insensible.

CLOTEN.

Insensible ? Pas du tout.

( Un messager entre. )

LE MESSAGER

Permettez , seigneur; des ambassadeurs sont arrivés de Rome ; Caïus-Lucius est avec eux.

C'est un digne Romain. Quoiqu'il vienne chargé de propositions ennemies, je ne lui en fais point un crime. Je veux le recevoir avec les marques de distinction que je dois et à celui qui l'envoie, et à lui personnellement. Il m'a rendu des services ; je veux donner carrière à ma reconnaissance. — Mon fils , lorsque vous aurez salué votre princesse , venez nous rejoindre ; nous aurons besoin de vous poui' recevoir cette ambassade. — Venez , madame.

( Cymbeline soit avec la reine , les seigneurs et le messager. ) CLOTEN.

Si elle est levée , je veux avoir un entretien avec elle; si elle ne l'est pas, qu'elle dorme et rêve à son aise. {Il frappe.) Hola! peut-on... Je sais qu'elle est entourée de ses femmes. — Mais, si je dorais leurs mains. C'est l'or qui achète l'entrée des portes. Oh ! oui; fort souvent il coi'rompt jusques aux gardes de

222 CYMBELINE

Diane , et leur fait livrer la jeune biche dans les mains du braconnier; c'est l'or qui souvent fait pe'rir l'honnête homme et sauve le fripon ; quelquefois aussi il fait pendre indistinctement le fripon et l'honnête homme : que ne peut-il pas faire ou défaire ? Je veux me faire un avocat d'une des femmes d'Imogène; car je n'entends pas encore moi-même l'afFaire.

— Avec votre permission.

(Il frappe encore.) UNE SUIVANTE.

Qui est là ? — Qui frappe ?

CLOTEN.

Un gentilhomme.

LA SUIVANTE

N'est-ce que cela ?

CLOTEN.

Et le fils d'une noble dame.

LA SUIVANTE, ouvrant la porle..

Bien des gens vêtus d'habits aussi riches que les vôtres , nepourraientpasse vanter delà mêmechose.

— Que désire votre altesse ?

CLOTEN.

La personne de votre maîtresse? — Est-elle prête?

LA SUIVANTE

Oui , à garder sa chambre.

CLOTEN.

Cette bourse est à vous : vendez-moi une bonne réputation.

LA SUIVANTE

Comment , ma bonne réputation ? ou s'agit-il de

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