‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 141 sur 294 · ACTE III, S'CÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, S'CÈNE III

ment à la guerre : c'est là que le service, quoique rendu, n'est pas service; il ne l'est qu'après qu'il est reconnu tel. C'est en observant ainsi, que nous retirons du profit de tous les objets que nous voyons. Et souvent à notre consolation , nous trouverons que l'escarbot aux ailes dans un ëtui ^"*', vit dans un poste plus sûr que l'aigle aux vastes ailes. Oh ! la vie que nous menons ici est plus noble, que celle qui se passe à attendre des refus ; elle est plus riche que celle qu'on passe à ne rien faire pour un enfant en tutelle '^''' , plus fière que celle du courtisan qui se carre dans un habit de soie qu'il n'a pas payé. Il reçoit le salut de celui qui lui fournit sa parure, et dont le livre n'est pas barré. Non, il n'est point de vie comparable à la nôtre.

GDIDÉRIUS.

Vous parlez d'après votre expérience : nous, comme des oiseaux qui, n'ayant pas toutes leurs plumes, n'ont encore jamais volé hors de la vue de leur nid, nous ignorons quel air on respire loin de notre asile. Peut-être que cette vie pour vous est heureuse , si la plus heureuse est la plus tranquille : elle vous semble plus douce, à vous qui en avez connu une plus dure ; elle convient mieux à la pesanteur de votre âge; mais pour nous c'est une retraite d'ignorance , un voyage dai-s un lit, la prison d un débiteur qui n'ose pas faire un pas hors des limites.

ARVIRAGUS.

De qu.oi pourrons-nous parler, lorsque nous serons vieux comme vous? Lorsque nous entendrons la pluie et les vents battre le triste décembre, com-

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ment dans cette froide caverne charmerons -nous, en discourant ensemble, les heures de l'hiver? Nous n'avons rien vu : nous vivons à la façon des animaux; subtils comme le renard, déterminés comme le loup pour saisir notre proie, notre valeur se borne à poursuivre ce qui fuit : et comme l'oiseau dans la cage, nous chantons notre captivité avec l'accent de la liberté.

BELARIUS.

Comme vous parlez ! Ah ! si vous connaissiez seulement les usures de la capitale , et que vous en eussiez fait sur vous-même la dure expérience; si vous connaissiez les artificesde la cour, qu'il est aussi difficile de quitter qu il l'est de s'y maintenir, où l'instant qui vous monte sur le faîte est l'instant qui vous précipite , où la pente est si glissante, que la crainte de choir est aussi funeste que la chute même! Si vous connaissiez les fatigues de la guerre, ce pénible métier où l'on cherche sans cesse le danger au nom de la réputation et de l'honneur, et où l'honneur expire dans la recherche et reçoit aussi souvent sur son tombeau une épitaphe calomnieuse, qu'un monument de gloire; hélas! combien de fois est-il puni d'avoir fait le bien? Et ce qui est plus cruel encore, souvent il est forcé de sourire à son blâme. Oh ! jeunes gens , cette histoire que je vous raconte, le monde peut la lii'e sur moi-même : mon corps est couvert des marques de l'épée romaine , et mon nom prima jadis parmi les noms des plus célèbres capitaines. Cymbeline m'aimait, et dès qu'on parlait d'un guerrier, mon nom ne tardait guère à être cité ;

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