‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 143 sur 294 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

les environs du havre de Milford.

PISANIO et IMOGÈNE.

Tu me disais , quand nous sommes descendus de cheval, que nous étions tout près de ce port. Le désir qu'avait ma mère de me voir avant ma naissance n'était pas aussi violent que celui que j'éprouve. — Pisanio ! mon ami , oii est Posthumus? — Quelle idée as-tu dans ton âme pour tressaillir ainsi ? Pourquoi ce soupir échappé du fond de ton coeur ? Un visage en peinture qui aurait les traits du tien , annoncerait un homme en proie à une perplexité au delà de toute imagination ! Donne à ta physionomie une expression moins effrayante , ou le trouble achèvera de confondre tous mes sens. Qu'y a-t-il ? Pourcjuoi me présentes-tu cet écrit avec un regard aussi sinistre? S'il m'apporte des nouvelles agréables ('®) , annonce-les moi par un sourire : si elles sont funestes ; ah ! garde seulement cet air d'effroi : il m'en dit assez. {Elle prend la lettre. ) De la main de mon époux ? Cette détestable Italie , décriée par ses poisons, lui a tendu quelque piège : sans doute, il est dans quelque fâcheuse extrémité. Homme ^^'^, parle : tu peux par tes paroles adovicir ce malheur , qui porterait à mon âme une impression mortelle , si je le lisais de mes yeux.

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PISANIO.

Je vous prie , daignez lire. Et vous allez voir en moi un mortel bien misérable , bien méprise' par le sort !

IMOGÈNE lisant.

c( Ta maîtresse, Pisanio , s'est prostituée dans ma » couche nuptiale. Les preuves en reposent au fond « de mon coeur sanglant. Je ne parle pas sur de fai- )) blés soupçons ; mais d'après une conviction aussi » forte que ma douleur , et aussi certaine que l'es- )) poir de ma vengeance; cette vengeance , Pisanio, )) tu dois t'en charger pour moi. Si l'exemple de son w parjure à sa foi n'a pas corrompu la tienne , que » tes mains lui ôtent la vie. Je t'en fournirai l'occa- » sion au port de Milford. Je lui écris de s'y rendre : » arrivés là , si tu crains de frapper et de m'envoyer )) la preuve certaine que tu m'as satisfait, tu es à mes )i yeux l'agent de son déshonneur, et je te tiens pour » aussi déloyal qu'elle. »

PISANIO.

Quel besoin aurai-je de tirer l'épée ? cet écrit l'a déjà assassinée, — Disons plutôt la calomnie, dont le tranchant est plus aigu que le poignard ; dont la langue a plus de venin que tous les serpens du Nil : sa voix vole sur les vents et va semant l'imposture dans tous les coins de l'univers. Rois, reines , empires , vierges , épouses , cette vipère attaque , empoisonne tout ; elle se glisse jusque dans les tombeaux. — Madame , comment vous trouvez-vous ?

IMOGENE.

Infidèle à sa couche ! Qu'est-ce qu'être infidèle ?

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