ACTE m, SCÈNE IV
Est-ce d'y veiller les nuits en songeant sans cesse à lui ? d'y pleurer au son de toutes les heures ? et si le sommeil saisit la nature accablée , l'interrompre aussitôt par un rêve effrayant dont lui seul est l'objet , et me réveiller en poussant ixn cri : Est-ce être infidèle ?
PISANIO.
Hélas ! vertueuse dame !
IMOGÈNE
Moi, infidèle? Ta conscience, — lachimo , est témoin... Tu l'accusas d'infidélité, et dès lors tu parus à mes yeux un lâche : aujourd'hui tes traits me semblent moins hideux. Quelque geai ''''^'> d'Italie, enfant du fard , l'aura trahi; et moi, malheureuse , je ne suis plus qu'une femme surannée , un vêtement passé de mode , trop riche pour être suspendu négligemment aux murailles , et qu'il vaut mieux découdre , mettre en pièces. Oh ! les sermens des hommes sont des traîtres qui perdent les femmes ; ta coupable inconstance, ô mon époux! va faire croire que toute apparence vertueuse n'est que trahison ; étrangère au visage qui lemprunte , et piège tendu
aux femmes.
pisAiNio. :
Ma chère maîtresse , écoutez-moi.
IMOGÈNE
Jadis, après la trahison d'Enée , tous les amans fidèles de son temps furent crus perfides comme lui : jadis les pleurs du fourbe Sinon décrièrent bien des larmes sincères et privèrent de pitié les vrais malheureux. Ainsi, toi, Posthumus, ton exemple fera
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calomnier tous les hommes vei'tueux : plus d'un amant généreux et tendre sera traité de parjure et de traître , d'après ton crime. — Viens , Pisanio : sois fidèle à ton maître ; exécute ses ordres ; et quand tu le reverras, attesS^e lui mon obéissance. Vois, c'est moi qui tire ton épée moi-même : prends-la , ouvre ce cœur, asile innocent de mon amour. Ne crains rien : il n'y reste plus d au're sentiment que le désespoir : ton maître n'y habite plus ; lui , qui en était l'unique trésor! Fais ce qu'il t'ordonne :fi"appe... tu balances?... Peut-être serais-tu brave dans une cause plus juste ; mais en ce moment tu parais lâche.
PISANIO.
Loin de moi , vil instrument. Tu ne souilleras pas ma main.
IMOGÈKE.
Il faut que je meure , et si je ne meurs pas de ta main , tu n'obéis pas à ton maître. Il est contre le suicide une défense du ciel, qui intimide mon faible bras. — Viens, voilà mon cœur; ah! cet obstacle encore attends; attends , je ne veux opposer aucune résistance — Me voilà prête, comme le fourreau, à recevoir l'épée. — Que trouverai-je ici ? les promesses de Posthumus fidèle toutes changées en parjures. Loin de moi, corruptrices de ma foi , vous ne reposerez plus devant mon cœur. C'est donc ainsi que de pauvres insensées croient de perfides séducteurs ! Mais si la malheureuse qui est trahie souffre cruellement de la trahison, le traître en est puni par des maux plus grands encore. Et toi , Posthumus , qui as soulevé ma désobéissance contre le