‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 145 sur 294 · ACTE III, SCÈNE IV. aSo · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV. aSo

roi, toi pour qui j'ai dédaigné des princes mes égaux, uu temps viendra où tu reconnaîtras Cjue ce n'était pas de ma parf un sacrifice ordinaire , mais un effort peu commun ; et je m'afflige , en songeant combien un jour, lorsque tu seras dégoûté de celle qu'aujourd'hui tu pares, combien alors mon souvenir tourmentera ta mémoire. — Pisanio , je t'en conjure , hâte-toi , l'agneau implore le boucher. Où est ton poignard? Tu es trop lent à obéir à ton maître , lorsque son ordre est aussi mon désir.

PISANIO.

0 généreuse dame ! depuis que j'ai reçu l'ordre d'exécuter pareille action , le sommeil n'a pas fermé mes yeux un seul instant.

IMOGÈNE

Exécute-la , et va reposer après.

PISAKIO.

Je veillerais plutôt, jusqu'à perdre à jamais la vue.

Pourquoi donc t'en charger? Pourcjuoi m'a voir fait parcourir en vain tant de milles sous un faux prétexte? Le lieu, le moment, ma fuite, ton voyage et la fatigue de cette course, tout t'invite; le trouble aussi où mon absence aura jeté toute la cour. Je n'y retournerai jamais; le dessein en est pris. Pourquoi t'es-tu engagé si avant, pour détendre ton arc, lorsque tu as choisi la place , et que la biche dévouée est devant toi ?

PISANIO.

Pour gagner le temps d'éluder un si funeste mi-

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nistère. — J'ai occupé mes pensées pendant la route à trouver un expédient. Ma chère maîtresse , écoutezmoi avec patience.

IMOGÈNE

Parle jusqu'à lasser ta langue; parle : je me suis entendu nommer une prostituée ; mon oreille a été déchirée par ce nom infâme, et je ne peux plus recevoir ni blessure plus cruelle, ni baume qui guérisse celle-là. Parle.

PISAWIO.

Hé bien, madame, je pensais que vous ne retourneriez point sur vos pas.

IMOGÈNE

Il y avait grande apparence , puisque tu m'amenais ici pour me tuer.

PISANIO,

Non , non ; mais si mon intelligence répondait à l'honnêteté de mon âme , mon expédient aurait une issue heureuse. — Il est impossible que mon maître ne soit pas trompé ; quelque scélérat , consommé dans son art , vous a fait à tous deux cet insigne outrage.

IMOGÈNE

Quelque courtisane romaine —

PISANIO.

Non , Posthumus , sur ma vie je ne t'obéirai pas. — Je lui manderai que vous êtes morte , et je lui en enverrai quelque indice sanglant ; car tel est l'ordre qu'il m'a donné ; votre absence de la cour confirmera mon récit.

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