‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 160 sur 294 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

A l'entrée de la caverne.

BÉLARIUS, GUIDERIUS, ARVIRAGUS et IMO- GENE sortent de la caverne.

BÉLARIUS, à Iniogène.

Tu n'es pas bien disposé, demeure ici dans la caverne; après notre chasse nous viendrons te retrouver.

ARVIRAGUS.

Reste ici , mon frère : ne sommes-nous pas frères?

IMOGÈNE

L'homme et l'homme devraient l'être : cependant nous voyons que l'argile et l'ax'gile diifèreut en di-

2r,B CYMBELINE,

guité, quoique leur poussière soit la même. — Je ne

me sens pas bien.

GUIDÉRIUS.

Allez vous deux à la chasse : moi , je veux rester avec lui.

IMOGÈNE

Mon mal n'est pas extrême , quoique je ne me sente pas bien ; mais je ne suis pas de ces courtisans efféminés qui paraissent morts avant même d'être malades : je vous prie, laissez-moi ; allez à vos exercices journaliers : interrompre ses habitudes , c'est interrompre tout. Je ne suis pas bien : votre présence ne me guérirait pas. La société n'a plus de douceurs pour l'homme infortuné qui n'est plus fait pour elle. Je ne suis pas très-malade, puisque je peux encore en raisonner. Je vous prie, laissez-moi seul ici; je ne priverai de moi que moi-même, et laissez-moi mourir puisque vous n'y perdez que peu de chose.

GUIDÉRIUS, àlmogène.

Je t'aime , je te l'ai dit ; et je t'aime d'un amour égal à celui dont j'aime mon père.

BÉLARIUS.

Comment? que dis-tu?

ARVIKAGUS.

Si cet aveu de mon frère est un crime , j'en prends sur moi la moitié. — Je ne sais pourquoi j'aime ce jeune homme ; mais je vous ai ouï dire que la raison n'entrait pour rien dans les raisons de l'amour. Oui, un cercueil à la porte, et qu'on me demande qui de Fidèle ou de vous doit mourir, je m'écrierai : Mort père, plutôt que ce jeune homme!

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