‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 161 sur 294 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

BÉLARIUS, à part.

0 noble élan ! ô dignité naturelle ! inspiration de grandeur ! Les lâches n'appellent que des lâches du nom de père, et des hommes vulgaires n'engendrent que des fils vulgaires; la nature a son mélange de son et de farine, de grâce et de rebut; je ne suis point leur père ; mais qui est donc celui qu'ils aiment ainsi plus que moi par une espèce de prodige? — II est neuf heures du matin .

ARVIRAGUS.

Mon frère , adieu.

IMOGÈJVE.

Je fais des vœux pour votre chasse.

Et moi pour ta santé. (^ Bélarius.) Allons, seigneur.

IMG GÈNE, à part.

Ce sont là de bienfaisantes créatures ! Dieux, que de mensonges j'ai entendus ! Nos courtisans disaient que hors de la cour tout était sauvage. Expérience, comme tu démens leurs rapports ! La mer , dans son empire, engendre des monstres, et une faible rivière paie à nos tables un tribut de poissons aussi exquis. Je souffre toujours dans le cœur. — Pisanio, je veux essayer de ta drogue.

BÉLARIUS.

Je n'osais pas le presser : il m'a dit qu'il était bien né, mais qu'il était tombé dans l'infortune; qu'il était persécuté dans son honneur, mais honnête.

28o CYMBELINE,

GUIDÉRIUS.

J'en ai reçu la même re'ponse ; et il m'a dit que dans la suite je poui'rais en apprendre davantage.

BÉLARIUS.

Allons, à la plaine, à la plaine. (^J Imogène. ) — Nous allons te quitter pour ce moment : rentre et repose- toi.

ARVIRAGUS.

Nous ne tarderons pas à revenir.

BÉLARIUS.

De grâce , retrouve ta santé ; car il faut que tu sois l'économe de notre ménage.

Sain ou malade , je vous reste attaché.

(Imogène rentre dans la caverne. ) BÉLARIUS.

Et tu le seras toujours. — Ce jeune homme , quoique dans le malheur, paraît issu de nobles ancêtres.

ARVIGARUS.

Comme sa voix est angélique !

GUIDÉRIUS.

Que sa manière d'apprêter nos mets est délicate ! Il a élégamment découpé nos racines, et assaisonné nos bouillons comme si Junon lualade avait réclamé ses soins.

ARVIRAGUS.

Avec quelle noblesse le sourire se mêle à ses soupirs ! Comme si le soupir n'était soupir que par le regret de n'être pas sourire ; comme si le sourire

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