ACTE IV, SCÈNE II
BÉLARIUS, à part.
0 noble élan ! ô dignité naturelle ! inspiration de grandeur ! Les lâches n'appellent que des lâches du nom de père, et des hommes vulgaires n'engendrent que des fils vulgaires; la nature a son mélange de son et de farine, de grâce et de rebut; je ne suis point leur père ; mais qui est donc celui qu'ils aiment ainsi plus que moi par une espèce de prodige? — II est neuf heures du matin .
ARVIRAGUS.
Mon frère , adieu.
IMOGÈJVE.
Je fais des vœux pour votre chasse.
Et moi pour ta santé. (^ Bélarius.) Allons, seigneur.
IMG GÈNE, à part.
Ce sont là de bienfaisantes créatures ! Dieux, que de mensonges j'ai entendus ! Nos courtisans disaient que hors de la cour tout était sauvage. Expérience, comme tu démens leurs rapports ! La mer , dans son empire, engendre des monstres, et une faible rivière paie à nos tables un tribut de poissons aussi exquis. Je souffre toujours dans le cœur. — Pisanio, je veux essayer de ta drogue.
BÉLARIUS.
Je n'osais pas le presser : il m'a dit qu'il était bien né, mais qu'il était tombé dans l'infortune; qu'il était persécuté dans son honneur, mais honnête.
28o CYMBELINE,
GUIDÉRIUS.
J'en ai reçu la même re'ponse ; et il m'a dit que dans la suite je poui'rais en apprendre davantage.
BÉLARIUS.
Allons, à la plaine, à la plaine. (^J Imogène. ) — Nous allons te quitter pour ce moment : rentre et repose- toi.
ARVIRAGUS.
Nous ne tarderons pas à revenir.
BÉLARIUS.
De grâce , retrouve ta santé ; car il faut que tu sois l'économe de notre ménage.
Sain ou malade , je vous reste attaché.
(Imogène rentre dans la caverne. ) BÉLARIUS.
Et tu le seras toujours. — Ce jeune homme , quoique dans le malheur, paraît issu de nobles ancêtres.
ARVIGARUS.
Comme sa voix est angélique !
GUIDÉRIUS.
Que sa manière d'apprêter nos mets est délicate ! Il a élégamment découpé nos racines, et assaisonné nos bouillons comme si Junon lualade avait réclamé ses soins.
ARVIRAGUS.
Avec quelle noblesse le sourire se mêle à ses soupirs ! Comme si le soupir n'était soupir que par le regret de n'être pas sourire ; comme si le sourire