ACTE IV, SCÈNE II
raillait le soupir de s'e'loigner d'nn temple aussi divin pour se mêler aux veuts qui sont maudits des matelots.
GUIDÉRIUS.
Je remarque que la doulevir et la patience , également fortes dans son cœur , entrelacent leurs racines.
ARVIRAGUS.
Patience, deviens la plus forte; et que la douleur, ce sureau infect , retire sa racine mourante et laisse la place à celle de la vigne.
BÉLARIUS.
Il est grand jour : allons, partons. — Qui vient à nous ?
( Entre Cloten.)
CLOTEN.
Je ne puis découvrir ces fuyards : ce mise'rable m'a joué. — Je succombe de lassitude.
BÉLARIUS.
Ces fuyards ? Est-ce de nous qu'il parle? Je le reconnais à demi. Oui, c'est Cloten, c'est le fils de la reine. Je crains quelque embûche : je ne l'ai jamais revu depuis tant d'années, et pourtant je suis certain que c'est lui : on nous tient pour proscrits, éloignonsnous.
GUIDÉRIUS.
Il est tout seul : vous et mon frère , allez à la découverte : cherchez ici autour si quelqu'un l'accompagne ; de grâce, allez, et laissez-moi seul avec lui.
(Bélarius et Aiviragus sortent. )
282 CYMBELINE
CLOTEN.
Arrêtez ; qui êtes-vous , vous qui fuyez ? Sans doute quelques vils montagnards : j'ai ouï parler de brigands de celte espèce. (^A Guidérius.) — Qui estu, esclave ?
GUIDÉRIUS.
Je n'ai jamais fait d'acte plus servile que celui de répondre au mot d'esclave sans t'assommer.
Tu es un brigand , un infracteur des lois, un misérable Rends-toi, voleur.
GUIDÉRIUS.
A qui? à toi? Qui es-tu? N'ai-je pas un bras aussi robuste que le tien, — un cœur aussi fier? Ta voix , je l'avoue, est plus ai'rogante; moi, je ne porte point mon poignard dans ma langue. Parle , qui es-tu donc , pour que je doive me rendre à toi?
CLOTEK.
Vil insolent, ne me reconnais-tu pas ù mes habits?
GUIDÉRIUS.
Non , coquin , ni ton tailleur qui fut ton grandpère; car il a fait ces habits qui te font ce que tu es, à ce qu'il me semble.
CLOTEN.
Insigne varlet , ce n'est pas mon tailleur qui les a faits.
GUIDÉRIUS.
Va donc remercier l'homme qui t'en a fait don. — Tu m'as l'air de quelque fou ; il me répugne de te battre.