‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 163 sur 294 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

CLOTEN.

Insolent voleur , apprends mon nom et tremble.

GUIDÉRIUS,

Quel est-il, ton nom?

Cloten, coquin !

GUIDÉBIDS.

Et bien, que Cloten soit ton nom, double coquin, il ne peut me faire trembler; je serais plus ému si tu étais crapaud, vipère, araignée.

CLOTEN.

Pour te confondre de terreur et de honte, apprends que je suis le fils de la reine.

GUIDÉRIUS.

J'en suis fâché ; tu ne parais pas digne de ta naissance.

CLOTEN.

Tu n'es pas effrayé?

GUIDÉKIUS.

Je ne crains que ceux que je respecte , les sages ; quant aux fous, j'en ris et ne les crains pas.

CLOTEN.

Meurs donc Quand je t'aurai tué de ma propre

main , j'irai poursuivre ces misérables qui viennent de fuir devant moi ; et je planterai vos têtes sur les murs de la cité de Lud. Rends-toi, vil montagnai'd.

( Ils s'éloignent en combattant. ) ( Bélarius et Arviragus rentrent. ) ,' ■ ■ >

BELARIUS.

Nous ne trouvons personne qui le suive.

ARVIRAGUS.

Personne au monde; vous vous serez mépris, siirement.

BÉLARIUS.

Je ne sais ; il y a bien des anne'es que je ne l'ai vu, mais le temps n'a rien efface' des traits que son visage avait jadis ; une voix qui sort par saccades, un tumulte de paroles; — je suis certain que c'était Cloten.

ARVIRAGUS.

C'est ici la place oii nous les avons laissés; je souhaite que mon frère vienne à bout de lui ; vous dites qu'il est si féroce.

BÉLARIUS.

Je veux dire , qu'à peine devenu un homme fait , il n'éprouvait pas la moindre peur au milieu des dangers menaçans ; car souvent le défaut de jugem.eut est le remède de la peur. Mais voilà ton frère.

( Guidérius paraît de loin tenant la tête de Cloten. ) GUIDÉRIUS.

Ce Cloten était un imbécile , une bourse vide ; Hercule n'aurait pu lui faire sauter la cervelle , il n'en avait point. Et cependant , si j'en avais moins fait, cet imbécile eût poité ma tête, comme je porte la sienne.

BÉLARIUS.

Qu'as-tu fait ?

GUIDÉRIUS.

Je le sais à merveille, ce que j'ai fait. J'ai coupé la tête à un Cloten , qui se disait fils de la reine , qui m'appelait traître, montagnard , et qui jurait que

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