‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 171 sur 294 · ACTE IV, SCÈNE llf. 2g · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE llf. 2g

n était qu'une ombre, une vaine image formée des vapeurs du cerveau. Nos yeux quelquefois sont, comme notre jugement, bien aveugles! — En vérité, je frissonne toujours de peur; ah! s'il reste encore dans le ciel une goutte de pitié aussi grosse que la prunelle d'un roitelet, redoutables dieux, réservez-en une petite part pour moi ! — Le songe m'environne encore; même à présent que je me réveille, son illusion se perpétue hoisdemoi. — Maisje n'imagine point, je sens. Un homme sans tète! les habits de Posthumus ! Ah ! je le reconnais, voilà ses jambes ; c'est sa main, son pied de Mercure, ses jarrets de Mars, ses muscles d Hercule. Mais où est son visage digne de Jupiter.^ — Un meurtre à la face du ciel! — Quoi ! c'en est donc fait! — Pisanio , que toutes les malédictions dont Hécube en délire chargea les Grecs, et les miennes avec elles, fondent sur ta tête ! C'est toi , oui , c'est toi , c[ui , avec Cloten , ce hideux démon , as égorgé ici mon époux! — Qu'écrire et lire soient désormais trahison! Le maudit Pisanio avec ses lettres supposées , — le maudit Pisanio , — il a abattu le haut du grand màt de ce vaisseau le plus précieux du monde ! 0 Posthumus ! Hélas , où retrouverai-je ta tête? où est-elle ? Le scélérat pouvait aussi bien te percer le coeur, sans te mutiler ainsi; jeté verrais encore. Mais, Pisanio, comment as-tu pu?... — Ah ! c'est lui avec Cloten. La scélératesse et la cupidité ont commis ce forfait — Oh ! le crime est visible, visible! Ce breuvage qu il me donna, en me le vantant comme un cordial salutaire , n'ai-je pas éprouvé qu'il est meurtrier pour les sens? Ce trait confirme mes soupçons; oui, c'est

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un forfait de Pisanio et de Cloten. Oh ! laisse , laisse-moi rougir dans ton sang mon pâle visage , afin que nous paraissions plus affreux à ceux que le hasard pourrait conduire en ces lieux. 0 mon époux, mon cher époux !

( Elle relombe évanouie à côté du corps.)

(Lucius s'avance, entouré d'officiei's romains, un devin 1 accompagne.) UN CAPITAINE.

Oui, les légions cantonnées dans les, Gaules ont sur tes ordres passé la mer ; elles t'attendent ici au havre de Milford; elles et tes vaisseaux sont tout prêts à agir.

LUCIUS

Et que mande-t-on de Rome ?

LOFFICIEP..

Que le sénat a enrôlé la noblesse d'Italie et des frontières, volontaires courageux qui promettent le plus généreux service; ils viennent sôus la conduite de lachimo le frère vaillant du prince de Sienne.

LUCIUS

Quand les attendez-vous ?

. LOFFICIEE.

Au premier vent favorable.

LUCIUS

Cette ardeur nous promet de belles espérances; ordonnez la revue des forces que nous avons ici, et chargez les officiers d'y veiller. — Eh bien, devin , quels présages vous ont oflTerts vos songes sur cette guerre?

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