‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 172 sur 294 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

LE DEVIN

La nuit dernièie, les dieux eux-mêmes m'ont envoyé une vision ; j'avais jeûne' et prie, pour implorer leurs lumières. J'ai vu l'oiseau de Jupiter, l'aigle romaine , volant de l'orageux midi vers cette partie de l'occident , se perdre dans les rayons du soleil ; ce songe , si mes fautes n aveuglent pas ma prescience, annonce le succès de l'armëe romaine.

LUCIUS

Ayez souvent de pareils songes, et qu'ils ne soient jamais trompeurs. — Arrêtez; ah ! quel est ce tronc informe? Ces ruines annoncent que l'édifice était grand et noble. Quoi, un page aussi, ou mort, ou assoupi sur ce corps ! Mais il est sans vie , car la nature a horreur de partager la couche d'un mort et de dormir entre ses bras. Voyons le visage de ce jeune homme.

L' OFFICIER, qui s'approche elle considère.

Il est vivant , seigneur.

LUCIUS

Il va donc nous éclairer sur ce cadavre. — Jeune homme, instruis-nous de ton sort; il me semble qu'il est de nature à exciter notre curiosité. Quel est ce corps , dont tu fais ton oreiller sanglant ? Qui est celui qui a défiguré ce noble ouvrage de la nature ? Quel intérêt as-tu dans ce triste désastre ? Dis , comment est-il arrivé , — à qui appartient ce corps ? Toimême, qui es-tu?

IMOGÈKE.

Je ne suis rien — ou du moins mieux vaudrait

2i)B CYMBELINE,

pour moi ne plus rien être — Celui-ci était mon maître , un digne et vaillant Breton , massacré ici par les nionlagnards. Hélas! il n'est plus pour moi de pareils maîtres. Je puis errer de l'orient au couchant, implorer du service, essayer de plusieurs maîtres, en rencontrer de bous, les servir fidèlement, et n'en retrouver jamais un pareil à lui.

LUCIUS

Hélas! bon jeune homme, tes plaintes m'émeuvent autant cjue la vue même de ton maître baigné dans son sang. Dis-moi son nom, mon ami.

IMOGÈNE

Richai'd du Champ. (^ part.) Si je fais un mensonge, il ne nuit à personne ; j'espère que les dieux qui m'entendent me le pardonneront. (^ Lucius.) Vous demandez, seigneur —

LUCIUS

Ton nom ?

IMOGÈÎSE

Fidèle.

LUCIUS

Tu l'es en effet , et ton nom s'accorde avec ta conduite. Veux-tu courir le risque de t'attacher à moi .'* je ne te dis pas que tu retrouves en tout ton premier maître, mais sois sur de n être pas moins chéri. Des lettres de l'empereur, qui m'enverrait un consul ne te recommanderaient pas mieux auprès de moi que ton propre mérite; viens avec moi.

JMOGÈNE.

Je veux bien vous suivre , seigneur. Mais aupara-

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