ACTE II, SCÈNE I. 4i
Non ; vous me pardonnerez ma discrétion.
BÉATKICE.
Ni me dire qui vous êtes ?
BÉNÉDICK.
Pas pour le moment.
BÉATRICE
On a donc prétendu que j'étais dédaigneuse , et que je puisais mon esprit dans les Cent Nouvelles- Nouvelles <^'^). Allons, c'est le seigneur Bénédick qui a dit cela.
BÉNÉDICK.
Quel est cet homme ?
BÉATRICE
Oh ! je suis sûre, qu'il vous est parfaitement connu,
BÉNEDICK.
Pas du tout, vous pouvez m'en croii-e.
BÉATRICE
Comment, il ne vous apprêta jamais à rire?
BÉNÉDICK.
De grâce, quel est-il ?
BÉATRICE
C'est le bouffon du prince , un fou insipide. Tout son talent consiste à débiter d'absurdes médisances. Il n'y a que des libertins qui puissent se plaire en sa compagnie; et encore ce n'est pas son esprit qui le leur rend agréable , mais bien sa méchanceté ; il a le secret de leur plaire d'abord et ensuite de les
insulter. On rit de lui, et on le bâtonne. Je suis sûre qu'il est dans le bal. Oh ! je voudrais bien qu'il fût venu m' agacer.
BÉNÉDICK.
Dès que je connaîtrai ce cavalier, je lui ferai part de vos bontés. ,
BÉATRICE
Oui, oui ; j'en serai quitte pour un ou deux traits malicieux ; et encore si par hasard ils ne sont pas remarques ou s'ils ne font pas rire , le voilà frappé de mélancolie. Une perdrix en savive son aile, car l'insensé ne soupe pas ce soir-là. — (On entend de la musique en dedans.) Avançons; il faut suivre la foule qui nous mène.
BÉNÉDICK.
Dans toutes les choses bonnes à suivre.
BÉATRICE
D'accord. Si elle me conduit vers quelque mauvais pas , je la quitte au premier détour.
( Danse. Tons sortent ensuite excepte' don Juan, Borachio et Claudio.) DON JUAN.
Sûrement mon frère est amoureux d'Héro; je l'ai vu tirant le père à l'écart pour lui déclarer sa passion. Les dames suivent la belle, et il ne reste qu'un seul masque.
Et ce masque est Claudio, je le reconnais à sa démarche.
DON JUAN
Seriez-vous le seigneur Bénédick?