ACTE II, SCÈNE I
CLAUDIO
Vous ne vous trompez point, je le suis.
DON JUAN
Seigneur , vous êtes fort avancé dans les bonnes grâces de mon frère; il est épris de Héro. Je vous prie de le dissuader de cet engagement. Héro n'est point d'vme naissance égale à la sienne. Vous pouvez ici faire l'action d un homme honnête.
CLAUDIO
Comment savez-vous qu'il l'aime ?
DON JUAN
Je l'ai entendu lui jurer son amour.
BORACHIO.
Et moi aussi ; il jurait à la belle de l'épouser cette nuit.
DON JUAN, bas à Boradûo.
Viens ; rapprochons-nous du bal.
( Don Juan et Boracliio se retirent. ) CLAUDIO, seul.
Ainsi je réponds sous le nom de Bénédick ; mais c'est de l'oreille de Claudio que j'entends ces fatales nouvelles! Rien n'est plus certain. Le prince fait sa cour à Héro pour son compte. Dans toutes les affaires humaines, l'amitié se montre fidèle, hormis dans les intérêts de l'amour ; que tous les cœurs amoureux se servent de leur langue; que l'œil négocie seul pour lui-même, et refuse les secours d'un agent. La beauté est une enchanteresse , et la bonne foi qui s'expose à ses charmes se dissout en sang '"•'.
C'est une ve'rité dont la preuve s'offre à toute heure,
et dont je me défiais si peu ! Adieu donc, Hëro.
( Rentre Bénédick.)
BÈNÉDICK.
Le comte Claudio?
CLAUDIO
Oui, lui-même.
BÉNÉDICK, ôtant son mascfue.
Voulez-vous me suivre? marchons.
CLAUDIO
Oh?
BÉNÉDICK.
A vos propres affaires, comte, au pied du premier saule. Comment voulez-vous porter la guirlande que nous tresserons? Est-ce à votre cou, comme la chaîne dorée d'un usurier annobli '^'^', ou sous le bras , comme lécharpe d'un capitaine ; de façon ou d'autre vous en devez porter une. Car le prince a fait la conquête de votre Héro.
Je lui souhaite beaucoup de bonheur avec elle.
BÉNÉDICK.
Vraiment, vous prenez le ton des honnêtes bergers : voilà leur mot en livrant leurs veaux. — Mais auriez-vous cru que le prince vous eût servi de cette manière ?
CLAUDIO
De grâce , laissez-moi.
BÉNÉDICK.
Oh ! voilà que vous frappez comme l'aveugle. C'est