‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 20 sur 294 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

CLAUDIO

Vous ne vous trompez point, je le suis.

DON JUAN

Seigneur , vous êtes fort avancé dans les bonnes grâces de mon frère; il est épris de Héro. Je vous prie de le dissuader de cet engagement. Héro n'est point d'vme naissance égale à la sienne. Vous pouvez ici faire l'action d un homme honnête.

CLAUDIO

Comment savez-vous qu'il l'aime ?

DON JUAN

Je l'ai entendu lui jurer son amour.

BORACHIO.

Et moi aussi ; il jurait à la belle de l'épouser cette nuit.

DON JUAN, bas à Boradûo.

Viens ; rapprochons-nous du bal.

( Don Juan et Boracliio se retirent. ) CLAUDIO, seul.

Ainsi je réponds sous le nom de Bénédick ; mais c'est de l'oreille de Claudio que j'entends ces fatales nouvelles! Rien n'est plus certain. Le prince fait sa cour à Héro pour son compte. Dans toutes les affaires humaines, l'amitié se montre fidèle, hormis dans les intérêts de l'amour ; que tous les cœurs amoureux se servent de leur langue; que l'œil négocie seul pour lui-même, et refuse les secours d'un agent. La beauté est une enchanteresse , et la bonne foi qui s'expose à ses charmes se dissout en sang '"•'.

C'est une ve'rité dont la preuve s'offre à toute heure,

et dont je me défiais si peu ! Adieu donc, Hëro.

( Rentre Bénédick.)

BÈNÉDICK.

Le comte Claudio?

CLAUDIO

Oui, lui-même.

BÉNÉDICK, ôtant son mascfue.

Voulez-vous me suivre? marchons.

CLAUDIO

Oh?

BÉNÉDICK.

A vos propres affaires, comte, au pied du premier saule. Comment voulez-vous porter la guirlande que nous tresserons? Est-ce à votre cou, comme la chaîne dorée d'un usurier annobli '^'^', ou sous le bras , comme lécharpe d'un capitaine ; de façon ou d'autre vous en devez porter une. Car le prince a fait la conquête de votre Héro.

Je lui souhaite beaucoup de bonheur avec elle.

BÉNÉDICK.

Vraiment, vous prenez le ton des honnêtes bergers : voilà leur mot en livrant leurs veaux. — Mais auriez-vous cru que le prince vous eût servi de cette manière ?

CLAUDIO

De grâce , laissez-moi.

BÉNÉDICK.

Oh ! voilà que vous frappez comme l'aveugle. C'est

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