‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 198 sur 294 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

CYMBELINE

Sûrement je l'ai déjà vu; ses traits me sont familiers.— Jevme homme, ta physionomie seule t'a acquis mes bonnes grâces, et je te prends à mon service ; je ne sais ni pourquoi ni comment je suis porté à te dire : conserve la vie et n'en remercie pas ton maître ; demande à Cymbeline telle faveur que tu voudras , qui puisse dépendre de lui et qui t'intéresse , et tu l'obtiendras ; oui , dusses-tu demander la vie du plus illustre de ces prisonniers.

IMOGÈiNE.

Je remercie humblement votre majesté.

LUCIDS.

Bon jeune homme, je ne te prie point de demander la vie pour moi , et cependant je suis bien sûr que tu vas le faire.

IMOGÈNE

Hélas! d'autres soins m'occupent; j'apei'çois ici un objet dont la vue est aussi cruelle pour moi que la mort; pour votre vie, bon maître, songez vousmême aux moyens de la sauver.

LDCIUS, surpris.

Il me dédaigne , il m'abandonne et me rebute ! Courte est la joie de ceux qui la fondent sur l'attachement des jeunes filles et des enfans !... Mais d'oii vient cette perplexité oii je le vois ?

C\MBELIJNE.

Que désires-tu, jeune homme? Je te chéris de plus en plus ; réfléchis et cherche la faveur qui te flattera davantage. — Connais-tu cet homme sur qui s'atta-

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chent tes regards? veux-tu qu'il vive? est-il ton

parent, ton ami?

IMOGÈNE

C'est un Romain ; il n'est pas plus mon parent que je ne le suis de votre majesté; encore moi, qui suis né votre vassal, je tiens de plus près à votre auguste personne.

CYMBELINE

Pourquoi donc le regardes-tu ainsi ?

IMOGÈNE

Je vous le dirai, seigneur, en particulier, si vous daignez m'entendre.

CYMBELINE

Oui , de tout mon cœur ; et je te promets toute mon attention. Quel est ton nom?

IMOGÈNE

Fidèle , seigneur.

CYMBELINE

Tu es mon enfant, mon page; je veux être ton maître. Viens avec moi , et parle librement.

( Cymbeline et Imogène s'éloigoeat et s entretiennent cQsemtle. ) BÉLARIUS.

N'est-ce pas là noti-e jeune homme ? Il serait donc revenu du trépas à la vie !

ARVIRAGUS.

Deux grains de sable ne se ressemblent pas davantage. Oui, c'est cet aimable enfant aux joues de rose, que nous vîmes mourir, et qui s'appelait Fidèle; qu'en pensez-vous?

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