ACTE V, SCÈNE V. 33i
GBIDERIUS.
Celui que nous avons vu mourir est le même que nous voyons ici plein de vie.
BÉLARIUS.
Doucement, attendez, considérons encore. 11 ne nous remarque pas : deux créatures peuvent se i^esseuîbler; si c'était lui, je suis sur qu'il nous aurait parlé.
GUIDÉIUOS.
Mais nous l'avons vu mort.
BÉLARIUS.
Silence; observons ce qui va suivre.-
PIS.\?!IO, à part.
C'est là ma maîtresse. Ah ! puisqu'elle vit, que le temps roule et m'amène à son gré ou les biens ou les maux.
( Cyrabeline el. Imogènc se rapprochent. )
Viens, place-toi à jna droite. Fais ta demande à haute voix. — Et vous, sortez du rang et avancez. [A lachimo. ) Répondez à ce jeune homme et parlez sans détour : ou, j'en jure par l'honneur de notre couronne, les plus cruelles tortures arracheront la vérité du sein du mensonge. — Intei^roge-le.
IMOGÈNE
La grâce que je demande est que ce cavalier puisse m'apprendre de qui il tient cet anneau.
POSTHUMOS, à part.
Que lui importe ?
333 CYMBELINE
CYMBELINE
Hé bien , ce diamant qui est à votre doigt, répondez, comment votis est-il parvenu?
lACHIMO.
Tu veux donc me faire soufFrir la torture , pour m'arracher un secret dont la révélation va te mettre sur la roue ?
CYMBELINE
Comment , moi ?
I ACHIMO.
Je suis bien aise qu'on me contraigne de déclarer un secret qui tourmentait mon âme. Hé bien, c'est par une perfidie que je me suis procuré cet anneau. C'est celui de Posthumus , que tu as banni ; et ce qui va te faire éprouver peut-être les mêmes remords qui me déchirent, jamais plus noble mortel ne respira sous la voûte des cieux. Seigneur, es-tu curieux d'en apprendre davantage?
CYMBELINE
Oui , tout ce qui a rapport à ce fait.
lACHIMO.
Ta fille, ce chef-d'oeuvre accompli, dont le souvenir fait saigner mon coeur et frémir mon âme perfide... Pardonnez, je me sens défaillir !
CYMBELINE
Ma fille, que vas-tu m'en apprendre? Ranime tes forces : ah ! j'aime mievix que tu vives tant qu'il plaira à la nature , que de te voir mourir avant que je sois instruit du reste. Fais un effort; allons, parle.