ACTE V, SCÈNE V
j'attaquai sa confiance dans la Tertu de son épouse, par tel et tel indice que j'appuyai de détails circonstanciés sur les tentures de l'appartement , les tableaux qui y étaient ranges, et puis ce bracelet que je lui montrai... Oh! par quelle ruse je sus m'en emparer! Et je lui citai même des signes cachés sur la peisonne d'Iniogène ; en sorte qu'il lui fut impossible de ne pas croire que la ceinture de sa chasteté avait été entièrement déchirée, et que j'avais recueilli les fruits de mon infâme victoii^e : alors dans sa fureur... Il me semble que je le vois encore...
POSTUDMUS , se découvrant el avançanl.
Oui, tu le vois en effet, démoiî italien. — Et moi, insensé trop crédule, insigne meurtrier, lâche brigand , ah ! je mérite tous les noms de tous les scélérats passés, présens et futurs. — Oh ! donnez-moi une corde, un poignard ou du poison ; n'y a-t-il point ici un juge intègre? Et toi , souverain , fais inventer des tortures. Tu vois en moi un monstre qui fait pardonner aux objets de la terre les plus détestés, tant je suis pire qu'eux. Je suis le Posthumus qui a égorgé ta fille; je mens en lâche; j'ai aposté un scélérat moindre, un voleur sacrilège pour le faire. Ah ! elle était le temple de la vertu : oui , elle était la vertu même. Crachez-moi au visage , jetez-moi des pierres, couvrez-moi de boue, excitez les chiens après moi : que le nom des scélérats soit désormais Posthumus Léonatus ; j'ai effacé tous les forfaits. Oh! Imogène, Imogène, Imogène !
IMOGÈNE, s'élancaat vers lui
Calmez-vous, seigneur : écoutez! écoutez!
336 CYMIÎELINE,
POSTHUMUS
Tu fais un jeu de mon état, page insolent?
(Il la frappe; elle lomLe.) PISANIO.
0 seigneurs! secourez ma maîtresse et la vôtre. 0 Posthumus ! ô mon maître ! vous n'aviez point ôté la vie à Imogène jusqu'à ce moment. — Secourez, secourez mon auguste princesse.
CYMBELIKE.
Le monde se renverse-t-il autour de moi?
POSTHUMUS
Et jjourquoi suis-je assailli de ces mouvemens de frénésie ?
PISANIO.
Reprenez vos sens, ma chère maîtresse.
CYMBELINE
Si c'est là la vérité, les dieux veulent que je meure de joie.
PISANIO.
Eh bien , ma maîtresse?
AlIi ! ôte-toi de ma vue. C'est toi qui me donnas du poison : loin de moi, homme dangereux; ne respire plus dans l'air que respirent les princes.
CYMBELINE
La voix d'Imogène !
PISANIO.
Princesse , que les dieux lancent sur moi des pierres de soufre, si je n'ai pas cru que la boîte que