‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 204 sur 294 · ACTE V, SCÈNE V. 34i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V. 34i

CYMBELINE, à Guidérius.

Et toi, tu ne mourras pas moins.

BÉLARIUS.

Nous mouri'ons tous les trois; mais je vous prouverai que deux de nous peuvent se vanter de l'origine illustre que j'ai attribuée à celui-ci. Mes enfans, il faut qvie je développe ici un mystère dangereux pour moi, mais qu'il sera peut-être avantageux pour vous que je re'vèle.

ARVIKAGUS.

Votre danger est le nôtre.

GUIDÉRIUS.

Et notre bonheur est le sien .

BÉLARIUS, àCymbelint.

Grand roi , prête-moi ton attention ; tu avais un sujet nommé Bélarius.

CYMBELIiNE.

Qu'en veux-tu dire? C'était un ti^aître; il fut banni.

BÉLARIUS.

Hé bien , c'est lui que tu vois ici , parvenu à ce grand âge; oui cet homme fut banni, mais je ne sache pas qu'il fût un traître.

CVMBELISE, aux gardes.

Saisissez-le et l'emmenez de ces lieux ; l'univers entier ne le sauverait pas.

BÉLARIUS.

Modère cet emportement; commence d'abord par me payer pour avoir nourri tes enfans , et dès que

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j'aurai reçu ma récompense, alors confisque tous mes biens.

CYMBELINE

Nourri mes enfans ?

BÉLARIUS.

je me livre trop à mon humeur fière et violente ! Me voici à tes genoux : avant que je me relève , je veux illustrer mes enfans ; après , n'épargne point , si tu veux, leur vieux père. Puissant roi , les deux jeunes héros qui me nomment leur père et se ci'oient mes fils ne m'appartiennent point j ils sont issus de toi , ils sont formés de ton sang.

CYMBELINE

Comment ? de mon sang ?

BÉLARIDS.

Oui, comme tu l'es du sang de ton père. Moi, aujourd'hui le vieux Morgan , je suis ce Bëlarius que tu bannis jadis. Ton caprice fut tout mon crime, et mon bannissement toute ma trahison. Ces deux aimables princes (car ils sont princes), je les ai élevés depuis vingt ans ; ils possèdent tous les talens que j'ai pu leur donner, et tu sais quelle éducation j'avais reçue, moi. Euriphile, leur nourrice, que j'épousai pour prix de son larcin , te déroba ces enfans quelques momens après mon bannissement; c'est moi qui l'excitai à ce vol. J'avais reçu d'avance dans cet exil la punition d'une faute que je commis après; maltraité pour ma fidélité, je songeai à la trahison pour me venger. Plus leur perte devait t'être sensible , plus je goûtai le projet de te les ravir. Mais voilà tes fils, je te les rends, et je vais

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