‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 211 sur 294 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Appartement dans le palais du duc.

LE DUC, CURIO, seigneurs.

( Des musiciens jouent. )

oi la musique est l'aliment de l'amour, jouez donc; donnez-m'en jusqu'à l'excès, jusqu'à ce que ma passion surchargée en soit malade et expire. — Répétez ce passage ; il avait une chute mourante : oh ! il a fait sivr mon oreille et sur mon âme l'impression du tendre zéphir dont le souffle , en passant sur un champ de violettes , leur dérobe et leur rend à la fois des parfums. — C'est assez, pas davantage : ces sons ne sont plus au,ssi doux qu'ils l'étaient tout à

l'heure. 0 sens de l'amour ! que tu es avide de fraîcheur et de nouveauté! Aussi vaste que la mer, et, comme elle , recevant tout dans ton sein , rien n'y entre, quelle que soit sa valeur, sans dégénérer et perdre tout son prix au bout d'une minute. La passion de l'amour est si féconde en formes changeantes , que nulle autre n'égale l'excès de ses bizarres et fugitives fantaisies.

CURIO

Voulez-vous venir chasser, seigneur?

LE DDC.

Quoi donc , Curio ?

CURIO

La biche.

LE DUC

C'est ce que je fais : je poursuis la plus noble et la plus belle que j'aie vue. Ah ! la première fois que mes yeux ont contemplé Olivia, il me semblait que sa présence épurait l'air ; de cet instant je fus changé en cerf ^'\ et mes désirs, comme une meute féroce et cruelle, n'ont cessé depuis de me poursuivre. ( P^alentin entre. ) — Eh bien? quelles nouvelles d'Olivia?

VALENTIN

Pardonnez , seigneur : mais je n'ai pu être admis devant elle, et je ne vous rapporte que cette réponse de la part de sa suivante. Le ciel même, avant qu'il se soit écoulé sept années depuis ce jour, ne jouira point librement de sa vue; mais, comme une religieuse cloîtrée , elle ne marchera que sous le voile ; elle arrosera chaque jour une fois le pavé de sa

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