‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 217 sur 294 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

MARIE

Maintenant, monsieur, la pensée est libre. Je vous prie de porter votre main à la barate au beurre, et qu'elle s'y humecte.

SIR ANDRÉ

Pourquoi , mon cher cœur ? quelle est votive métaphore ?

MARIE

Elle est sèche , monsieur ^"\

SIR ANDRÉ

Comment donc ! je le pense; je ne suis pas assez âne pour ne pas tenir ma main sèche. Mais que signifie votre plaisanterie ?

MARIE

C'est une plaisanterie toute sèche , monsieur.

SIR ANDRÉ

En avez-vous beaucoup de semblables ?

MARIE

Oui, monsieur , je les ai au bout de mes doigts : allons, je laisse votre main, je suis desséchée '^"'.

(Marie sort.) SIR TGBIE.

Chevalier , tu as besoin d'une coupe de vin des Canaries ; je ne t'ai jamais vu si bien terrassé.

SIR ANDRÉ

Jamais de votre vie, je pense, à moins que vous

ne me voyez terrassé par le Canai^ie. Il me semble

; qu'il y a des jours oii je n'ai pas plus d'esprit qu'un

chrétien ou qu'un homme ordinaire. Mais je suis un

grand mangeur de bœuf, et je crois que cela fait

tort à mon esprit.

SIR TOBIE

Il n'y a pas de doute.

SIR ANDRÉ

Si je le croyais , je m'en abstiendrais. — Je monte à cheval demain , sir Tobie.

SIR TOBIE

Pourquoi , mon cher chevalier ?

SIR ANDRÉ

Que signifie pourquoi ^'^^7 Le faire ou ne le pas faire? Je voudrais avoir employé à apprendre les langues , le temps que j'ai mis à l'escrime , à la danse, à la chasse au sanglier. Oh! si j'avais suivi les beaux-arts !

SIR TOBIE

Oh ! vous auriez eu une excellente tête à cheveux.

Quoi , cela aurait-il amendé mes cheveux ?

SIR TOBIE

Sans contredit , car vous voyez qu'ils ne frisent pas naturellement.

SIR ANDRÉ

Mais cela me sied assez bien , n'est-il pas vrai ?

SIR TOBIE

A merveille. Ils vous pendent droit comme le lin sur une quenouille , et j'espère un jour voir une ménagère vous prendre entre ses jambes et vous filer.

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