‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 223 sur 294 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

LE BODFFON.

Il faut c[ue je vous catéchise et que je vovis interroge pour cela, madame. — Ma bonne petite souris de vertu , rëpondez-moi.

OLIVIA

Allons, l'ami, au défaut d'autre passe-temps, je te demandei'ai ta preuve.

Ma chère madame, pourquoi êtes-vous en deuil?

OLIVIA

Mon cher fou , pour la mort de mon frère.

LE BOUFFON

Je crois, ma chère dame, que son âme est en enfer.

OLIVIA

Moi, je sais, fou, que son âme est dans le ciel.

LE BOUFFON

Vous n'en êtes que d'autant plus folle, ma chère dame , d'être en deuil , de ce que l'âme de votre frère est dans le ciel. — Emmenez la folle , messieurs.

OLIVIA

Que pensez-vous de ce fou , Malvolio ? Ne s'amende-t-il pas?

MALVOLIO

Oui, et il continuera ainsi jusqu'à ce que les transes de la mort le secouent. L'infirmité' qui fait déchoir le sage amende toujours le fou.

384 l'A DOUZIÈME NUIT,

LE BOUFFON

Dieu veuille vous envoyer, monsieu^r, une prompte infirmité , afin d'augmenter votre folie ! Sir Tobie jurera que je ne suis pas un renard; mais il ne risquerait pas sa parole sur deux sous, pour gager que vous n'êtes pas fou.

OLIVIA

Que répondez-vous à cela , Malvolio?

MALVOLIO

Je m'ëtonne que vous, madame, vous puissiez trouver aucun amusement dans les stériles propos d'une, pareille canaille; je l'ai vu terrassé l'autre jour par un fou de lespèce la plus commune qui n'a pas plus de cem^elle qu'une pierre. Voyez, il est déjà hors de parade; si vous ne riez pas, et que vous ne lui fournissiez pas matière, le voilà avec un bâillon dans la bouche. Je pi'oteste que je tiens tous ces hommes sensés qui applaudissent à grands cris aux sots contes de ces sortes de fous, pour n'être eux-mêmes rien de mieux que les bouffons des fous.

OLIVIA

Oh! vous êtes malade à force d'amour -propre, Malvolio , et votre goût en est dépravé. Quiconque est généreux , sans reproche , et d'une humeur franche et gaie, prend pour des flèches d'oiseau ces traits que vous croyez des boulets de canon ; il n'y a aucune malignité de satire dans un fou de profession, c[uoiqu'il ne fasse que railler, et il n'y a point d'amertume dans les railleries d'un homme connu pour sage et discret , quoiqu'il ne fasse que censurer.

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