ACTE I, SCÈNE V
LE BOUFFON
Que Mei'cure te donne le don de mentir, en re'compense de ce que tu mens si avantageusement des fous !
(Entre Marie.)
Madame , il y a à votre porte un jeune homme qui désire beaucoup vous parler.
0LIVI.\.
De la part du comte Orsino , n'est-ce pas ?
MARIE
Je l'ignore, madame; c'est un beau jeune homme, avec une suite brillante.
OLIVIA
Qui de mes gens l'arrête à ma porte ?
MARIE
SirTobie, madame, votre parent.
OLIVIA
Ecartez-le de chez moi, je vous prie : il ne dit pas un mot qui ne soit d'un insensé. {Maria sort.) — Honte sur lui ! Allez, Malvolio ; si c'est un message de la part du comte , dites que je suis malade , ou que je ne suis pas chez moi ; tout ce que vous voudrez pour m'en débarrasser. (Malvolio sort.) (Au bouffon. ) Tu vois , l'ami , que ta folie devient surannée et qu'elle déplaît aux gens.
LE BOUFFON
Vous avez parlé en notre faveur, ma chère dame, comme si votre fils aîné était un fou. Que Jupiter
ToM. VII. Shalspeare. 7.5
veuille remplir son crâne de cervelle ; car voici un
de vos parens qui a une pie-mère '^"*) des plus faibles.
( Entre Sir Tobie Belch. )
OLIVIA
Sur mon honneur, il est à demi ivre. — Qui estce qui est à la porte , cousin ?
SIR TOBIE
Un gentilhomme.
OLIVIA
Un gentilhomme ! quel gentilhomme ?
SIR TOBIE
C'est un gentilhomme La peste soit des harengs ! Hé bien , sot ?
LE BOUFFON
Bon, monsieur Tobie....
OLIVIA
Mon oncle , mon oncle , comment se fait-il que vous ayez gagné de si bonne heure cette léthargie?
SIR TOBIE
La luxure -"') ; je défie la luxure. — U y a quelqu'un à la porte.
OLIVIA
Oui , certes : quel est-il ?
SIR TOBIE
Qu'il soit le diable, s'il veut, je ne m'en embarrasse guère. Oh! vous pouvez m'en croire, comme je vous le dis : oui, cela m'est égal.
(Il sort.)
A quoi ressemble un homme ivre , fou ?