‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 23 sur 294 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

CLACDIO.

Seigneur, je ne suis point triste.

DON PÈDRE

Qu'êtes-vous donc ? malade ?

CLAUDIO

Ni malade , seigneur.

BÉATRICE

Le comte n'est ni triste , ni malade , ni bien portant, ni gai. — Mais vous êtes poli , comte , doux et poli comme une oi'ange , et tirant un peu sur sa teinte jalouse.

DON PÈDRE

Sérieusement , madame , je crois votre blason fidèle ; et cependant si Claudio est tel , je veux bien lui donner ma parole d'honneur que ses soupçons sont indiscrets et injustes. — Approchez , j'ai fait le siège en votre nom; et la belle Héro s'est l'endue. Je viens de sonder son père ; il donne son agrément. C'est à vous maintenant de marquer le jour du mariage , et à Dieu de vous rendre heureux.

LÉONATO.

Comte , recevez ma fille de ma main , et avec elle ma fortune. Son altesse a fait l'accord , et que tous y applaudissent.

BÉATRICE

Parlez , comte , c'est votre tour.

CLAUDIO

Le silence est l'interprète le plus éloquent de la joie. Je ne serais que faiblement heureux si je pouvais marquer la mesure de mon bonheur. (^A Héro.)

TOM. VII. Shakspeare. 4

5o BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,

Si vous êtes à moi , madame , je suis à vous ; je m'y dévoue tout entier, et soupire après l'échange de votre cœur contre le mien.

BÉATRICE

Parlez, ma cousine ; ou si votre Louche s'y refuse , fermez la sienne par un baiser , et ne le laissez pas parler lui-même.

DON PÈDRE

En vérité , mademoiselle , vous avez un coeur jovial.

BÉATRICE

Oui, monseigneur, je l'en remercie; le pauvre diable se tient toujours contre le vent du souci. — Regardez , ma cousine lui a dit à l'oreille qu'il est fort bien logé dans son cœur.

CLAUDIO

Et c'est en effet ce qu'elle me dit , chère cousine.

BÉATRICE

Bon Dieu ! voilà donc encore une alliance ! — C'est ainsi que chacun entre dans le monde ; il n'y a que moi qui suis brûlée du soleil '•^°'>. Il est temps que j'aille m'asseoir dans un coin , et y crier : Hélas ! par pitié , un mari !

DON PÈDRE

Aimable Béatrice , je veux vous en procurer un.

BÉATRICE

J'aimerais mieux en avoir un de la main de votre père. Votre altesse n'aurait-elle point un frère qui lui ressemble? Votre père s'entendait parfaitement à faire d'excellens maris... si une pauvre jeune fille pouvait atteindre jusqu'à eux.

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