ACTE II, SCÈNE I. 5i
DON PÈDRE
Voudriez-vous de moi, madame?
BÉATRICE
Non , prince , à moins d'en avoir un second pour les jours ouvrables. Votre altesse est d'un trop grand prix pour qu'on s'en serve tous les jours ; mais je vous prie, pardonnez- moi , je suis née pour dire toujours des folies et rien de solide.
Votre silence m'offenserait. La gaieté' est ce qui vous sied le mieux. Vous naquîtes dans une heure joyeuse.
BÉATRICE
Non sûrement , seigneur, ma mère criait et pleurait; mais une étoile dansait alors sans doute , et je naquis sous son aspect. — Cousins, que Dieu vous donne le bonheur !
LÉONATO.
Ma nièce , allez veiller un moment à ces détails que je vous ai confiés.
BÉATRICE
Ah ! je vous demande pardon , mon oncle ; j'y vole , avec le pardon de votre altesse.
(Elle sort.; DON PÈDRE.
Voilà sans contredit une femme enjouée.
LEOiNATO.
Il est vrai , seigneur , que la mélancolie est un élément qui domine peu dans sa personne ; elle n'est sérieuse que quand elle dort , encore pas toujours.
J'ai ouï dire à ma fille que souvent Béatrice rêvait le malheur et se réveillait au bruit de ses éclats de rire.
DON PÈDRE
Elle ne peut souffrir qu'on lui parle d'époux.
Oh ! du tout. Elle décourage tous ses soupirans par ses railleries.
DON PÈDRE
Ce serait une femme merveilleuse pour Bénédick.
LÉONATO.
Ah ! seigneur , s'ils étaient mariés une semaine entière , ils parleraient , ils parleraient au point d'en perdre la raison.
DON PÈDRË.
Comte Claudio , quand vous proposez-vous de vous l'endre à l'autel?
CLAUDIO
Demain , seigneur : le temps se traîne sur des béquilles jusqu'à ce que l'Amour ait vu ses rites accomplis.
LÉONATO.
Non, mon cher fils, différons jusqu'à lundi. Cejour termine la huitaine , et ce temps est même trop court pour que tous les apprêts répondent à mon envie.
DOW PÈDRE
Ah! Claudio, à un si long délai vous secouez la tête; mais je vous proteste que ces jours d'attente ne pèseront sur aucun de nous; je veux dans l'intervalle entreprendre un des travaux d'Hercule. C'est