‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 238 sur 294 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

sière; ma maîtresse en sera informée, je vous le jure.

Va secouer tes oreilles.

(II sort. )

SIR ANDRÉ

Lui donner un rendez-vous en duel, et puis lui manquer de parole et se jouer de lui , ce serait une aussi bonne œuvre que déboire quand on a faim.

SIR TOBIE

Faites cela, chevalier. Je vais vous donner un cartel par écrit où je lui ferai connaître de vive voix votre indignation contre lui.

MARIE

Mon cher sir Tobie , restez tranquille pour cette nuit; depuis le moment que le jeune page du comte a vu aujourd'hui ma maîtresse , elle est fort troublée. Quant à monsieur Malvolio , abandonnez-le à mes soins : si je ne le mystisfie pas au point.de le faire passer en proverbe, et de le rendre un objet de risée publique, croyez que je n'ai pas assez d'esprit pour me coucher tout à l'heui'e dans mon lit; je sais que je suis en état de le faire.

SIR TOBIE

Instruis, instruis-nous : conte-nous quelque chose de lui.

MARIE

Hé mais ! il est quelque fois une espèce de puritain .

SIR ANDRÉ

Oh ! si je le croyais, je le battrais comme un chien.

4io LA DOUZIÈME NUIT,

Sm TOBIE.

Quoi, pour être puritain? Ta sublime raison , cher chevalier?

SIR ANDRÉ

Je n'ai point de sublime raison pour cela , mais j'ai d'assez bonnes raisons.

MARIE

C'est un démon de puritain , ou une manière d homme qui sait fort bien se plier aux circonstances ; un sot plein d'affectation qui sait par cœur les affaires d'état, sans livre et sans étude, et vous débite sa science par grands lambeaux; un homme qui a la meilleure opinion de lui-même, et si farci, à ce qu'il s'imagine, de perfections, que c'est un ai-ticle de foi pour lui qu'on ne peut le voir sans l'aimer; et c'est dans ce AÙce même, qui lui est propre, que ma vengeance trouvera matière à s'exercer.

SIR TOBIE

Que feras-tu?

MARIE

Je glisserai sur son chemin quelques épîtres d'amour en style équivoque et obscur, et dans lesquelles , à la couleur de sa barbe , à la forme de sa jambe, à sa tournure, à sa démarche, à l'expression de ses yeux, à son front, à son teint, il se reconnaîtra désigné de la manière la plus palpable. Je peux écrire tout comme ferait madame votre nièce; il serait très-difficile de distinguer nos deux mains dans une lettre dont on aurait oublié le sujet.

SIR TOBIE

Excellent ! Je me doute du complot.

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