ACTE II, SCÈNE IV. 4i
dîmes le dernier soir. Il me semblait qu'il soulageait beaucoup mon âme souffrante, beaucoup plus que ces airs légers et ces refrains répétés dans ces mesures vives et brusques. — Allons , seulement un couplet.
CURIO
Avec la permission de votre altesse , il n'est pas ici celui qui pourrait le chanter.
LE DUC
Qui était-ce donc ?
CURIO
Festé le bouffon, seigneur; un fou cjui amusait beaucoup le père de madame Olivia : il est quelque part aux environs du palais.
LE DUC
Cherchez-le, et qu'on joue l'air en l'attendant. ( Cé^ario sort : on joue un air. ) Approche, jeune homme; si tu aimes jamais, dans les doux ti'ansports de ta passion souviens-toi de moi ; car tous les vrais amans sont tels que je suis, changeans et volages dans tous les autres sentimens, excepté dans la constante pensée de l'objet aimé. — Comment trouves-tu cet air ?
Il retentit comme un écho dans le coeur qui sert de trône à l'amour.
LE DOC
Tu en parles en maître; je gagerais ma vie que, tout jeune que tu es , ton œil s'est fixé sur quelque objet qui le charme. N'est-il pas vrai , jeune homme?
4i4 LA DOUZIÈME NUIT,
VIOLA
Un peu, avec votre permission.
LE DUC
Quelle espèce de femme est-ce ?
VIOLA
De votre complexion.
LE DUC
Elle n'est donc pas digne de toi. Quel âge, au vrai?
VIOLA
Environ de votre âge , seigneur.
LE DUC
Elle est trop âgée , par le ciel ! Qu'une femme choisisse toujours un époux plus âgé qu'elle, c'est le moyen qu'elle soit plus assortie à son époux, et plus sûre de conserver sa place dans son cœur. Car, mon enfant, nous avons beau vanter notre sexe, nous sommes plus étourdis, plus ilottans dans nos caprices; nous sommes plus aisément emportés par le désir et par l'inconstance; notreamours useetse perd plus vite que celui des femmes.
VIOLA
Je le crois ainsi , seigneur.
LE DUC
Aie donc soin que ton amante soit plus jeune que toi, ou ton affection ne pourra tenir et durer. Les femmes sont comme les roses ; leur belle fleur , une fois épanouie, tombe dans l'espace d'une heure.