‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 243 sur 294 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Le jardin d'Olivia.

SIR TOBIE, SIR ANDRÉ et FABIAN.

SIR TOBIE

Suis ton chemin, seigneur Fabian.

Oui , je le suivrai ; si je perds un seul scrupule de ce plaisir , que je sois rongé de mélancolie jusqu'à en périr.

SIR TOBIE

Ne serais-tu pas bien aise de voir ce gredin , cette canaille, ce galefretier , essuyer quelque notable avanie?

FABIAN

Oh ! j'en sauterais de joie. Vous savez qu'il m'a fait I perdre les bonnes grâces de lua maîtresse, à l'occasion d'un combat d'ours.

SIR TOBIE

;, Pour le mettre en fureur , nous aurons encore

I l'ours, et nous le ferons écumerde colère jusqu'à ce

qu'il en soit noir et bleu. Ne le ferons-nous pas, sir

André?

SIR ANDRÉ

Si nous ne le faisons pas , c'est fait de notre vie.

( Entre Maiie. )

SIR TOBIE

Voici notre petite scélérate. — Hé bien , comment vous en va , mon ortie des Indes ^''^^ ?

MARIE

Cachez-vous dans le bosquet de buis : Malvolio descend le long de cette allée; il était là-bas , au soleil, l'air occupé, saluant son ombre depuis une demiheure : observez-le , je vous en prie , si vous aimez à rire ; car je suis certaine que cette lettre va faire de lui un idiot en extase. Allez vous blottir. Au nom de la raillerie ( ils se cachent), tenez-vous là ( Marie laisse tomber une lettre ) ; car voici la truite qu'il faut prendre en la chatouillant.

(Marie sort. ) (Entre Malvolio. )

MALVOLIO

C'est pur hasard : il n'y a qu'heur et malheur dans ce monde. Marie me dit une fois que sa maîtresse avait du penchant pour moi, et je l'ai entendue ellemême aller jusqu'à dire que si jamais elle prenait de l'amour, ce serait pour un homme de ma physionomie ; de plus elle me traite avec des égards plus distingués qu'aucun de ceux qui sont attachés à son service. Que dois-je penser de tout cela?

SIR TOBIE

Ce coquin a bien de la présomption.

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