ACTE II, SCÈNE V
Paix ! quand six chevaux attelés voudraient nous arracher notre silence.
MALTOLIO.
Je lui tends la main ainsi, mêlant à mon sourire familier un regard austère et impérieux.
SIR TOBIE
Est-ce que sir Tobie ne vous applique pas un soufflet sur la joue?
MALVOLIO
Lui disant , cousin Tobie , puisque ma fortune a jeté votre nièce dans mes bras , accordez-moi le privilège de vous faire une remontrance.
SIR TOBIE
Quoi , quoi ?
MALVOLIO
Il faut vous corriger de votre ivrognerie.
SIR TOBIE
Veux-tu, canaille...!
FABIAN
Patience , ou nous rompons tous les fils de notre plan .
MALVOLIO
De plus, vous dépensez le trésor de votre temps avec un imbécile de chevalier.
C'est moi , je vous le garantis.
MALVOLIO
Un sir André !
SIR ANDRÉ
Je le savais bien que c'était moi ; car bien des gens me traitent de sot.
MALVOLIO
Qu'avons-nous ici ?
{ Ramassant la leltre.) FABIAN.
Voilà mon paon tout pi'ès du piège.
Sin TOBIE.
Oh! paix! et que le génie de la gaieté lui inspire de la lire tout haut.
MALVOLIO
Sur ma vie , c'est la main de ma maîtresse ; voilà ses c, ses v , ses <, et voilà comme elle fait ses grands P. En dépit de tout le monde , oui , oui , c'est sa propre main.
SIR ANDRÉ
Ses c, ses v , ses f. Pourquoi cela?
MALVOLIO
A mon bien-aimé inconnu, cette lettre et mes tendres vœux ! Juste , voilà ses phrases. Permets, chère cire. Doucement... et le cachet est une Lucrèce dont elle a coutume de sceller ses lettres. C'est ma maîtresse. — A qui cela s'adresserait-il ?
FABIAN
Son cœur et tous ses sens sont enivrés.
MALVOLIO, lisant.
Jupiter sait que j'aime.
Mais qui ?
Lèvres , ne remuez pas ; Nul mortel ne doit le savoir.