‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 247 sur 294 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

MALVOLIO

M. O. A. 1. cela ne s'ajuste pas si bien qu'auparavant ; et pourtant en forçant un peu , l'apparence pourrait pencher vers moi : car chacune de ces lettres se trouve dans mon nom. Doucement : voyons j voici de la prose qui suit : « Si cette lettre tombe dans tes mains , médite-la. Mon étoile m'a placée au-dessus de toi; mais ne t'effraie point de ma grandeur. Quelques-uns naissent grands ; d'autres à force d'efforts parviennent à la grandeur, et il en est que la grandeur vient chercher elle-même. Ta destinée t'ouvre les bras : que ton audace et ton courage l'embrassent. Et pour t'accoutumer et te former toimême à ce que tu dois vraisemblablement devenir, sors de ton humble obscurité, et parais fer et brillant. Sois contredisant avec mon oncle , hautain avec mes gens : que ta bouche raisontie politique , prends la tournure d'un homme d'une espèce à part. Voilà les conseils que donne celle qui soupire pour toi. Souviens-toi de celle qui fit l'éloge de tes bas jaunes et qui souhaita de te voir la jambe ornée d'une brillante jarretière. Souviens-t'en, je te le répète, fa, poursuis : ta fortune est faite, si tu le veux sérieusement; si tu ne le veux pas , reste donc un simple maître-d'hôtel y le compagnon de mes valets , et un homme itïdigne de toucher la main de la fortune. Adieu : celle qui voudrait changer d'état avec toi et te servir. — L'heureuse infortunée.» La lumière du jour et la plaine ouverte , ne sont pas plus claires : cela est évident et palpable. Je veux devenir fier; lire les auteurs politiques; je contrecarrei^ai sir Tobie; je

me décrasserai de mes viles connaissances; je fei'ai de moi un homme accompli, l'homme par excellence. — Je ne fais pas maintenant de moi un insensé, jouet de mon imagination : car toutes sortes de raisons concourent à me prouver que ma maîtresse est amoureuse de moi ; elle louait dernièrement mes bas de couleur jaune; elle a vanté ma jambe et sa jarretière; et dans cette lettre elle se découvre elle-même à mon amour ; c'est avec une espèce d'injonction, qu'elle m'invite à porter les parures qu'elle préfère. Je rends grâces à mon étoile ; je suis heui^eux. Je me singularisei'ai , je me pavanei'ai, en bas jaunes, et en riches jarretières, et tout cela dans un clin d'oeil. Louange à Jupiter et à mon étoile ! — Ah ! voici encore vin post-scriptum. — « Il est impossible que tu ne devines pas qui je suis. Si tu souris à mon amour , fais-le voir dans ton sourire : ton sourire te sied à merveille : souris donc toujours en ma présence, mon doux ami, je t'en conjure. » 0 Jupiter, je te remercie. — Je sourirai : je ferai tout ce que tu voudras que je fasse.

( 11 sort. ) FABIAN.

Je ne donnerais pas ma part de cette scène divertissante pour une pension de mille roupies que me paierait le Sophi ^9).

SIR TOBIE

J'épouserais cette fille pour cette seule farce.

SIR ANDRÉ

Et moi aussi.

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