‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 249 sur 294 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

Le jardin d'Olivia.

VIOLA, LE BOUFFON, avec un tambour.

VIOLA

Avec ta permission, l'ami, et celle de ta musique, vis-tu du tambourin '^^"^ ?

LE BOUFFON

Non, monsieur; je vis de lëglise.

VIOLA

Es-tu un homme d'église?

LE BOUFFON

Rien de pareil, monsieur; je vis près de l'église, car je vis à ma maison , et ma maison est près de l'église.

VIOLA

Tu pourrais donc dire de même que le roi vit d'un mendiant, si un mendiant habite près de lui; ou que l'église subsiste du tambourin, si ton tambourin est près de l'église.

LE BOUFFON

Vous l'avez dit, monsieur. — Ce que c'est que ce siècle ! — une maxime n'est qu'un gant de peau de daim dans les mains d'un homme d'esprit : avec quelle rapidité il sait le retourner de l'envers à l'endroit !

VIOLA

Oui, cela est certain : ceux qui savent faire un abus délicat des mots, peuvent aisément les rendre libertins.

LE BOUFFON

En ce cas, je voudrais bien que ma soeur n'eùt^ pas eu de nom, monsieur.

VIOLA

Pourquoi , l'ami ?

LE BOUFFON

Pourquoi , monsieur ? C'est que son nom est uni mot; et en jouant sur ce mot, on pourrait rendre! ma sœur libertine; dans la vérité, les mots ou les! paroles sont une race corrompue, depuis que les! billets les ont déshonorés.

VIOLA

La raison?

LE BOUFFON

Vraiment, monsieui', je ne puis vous en donner] aucune sans paroles , et les paroles sont devenues si] fausses, que je suis dégoûté de prouver la raison] avec elles.

VIOLA

Je te garantis que tu es un drôle fort jovial, et] qui n'a souci de rien .

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