‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 253 sur 294 · ACTE 111, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE I

OLIVIA

Quel est votre nom ?

VIOLA

Ce'sario est le nom de votre serviteur , belle princesse.

OLIVIA

Mon serviteur, monsieur! jamais il n'y a eu de joie dans le monde, depuis qu'on a appelé' compliment une basse et feinte soumission. Vous êtes le serviteur du comte Oi^sino, jeune homme.

VIOLA

Et lui est le vôtre , et les siens sont nécessairement les vôtres. Le serviteur de votre serviteur est votre serviteur, madame.

OLIVIA

Pour le comte , je ne songe pas à lui : quant à ses pense'es et son cœur , je voudrais qu'ils fussent vides plutôt que pleins de mon image et de moi !

Madame , je viens pour éveiller vos pensées en sa faveur.

OLIVIA

Oh ! avec votre permission, je vous prie , je vous ai ordonné de ne me jamais reparler de lui; mais si vous vouliez entamer une autre négociation , j aurais plus de plaisir à vous l'entendre traiter , qu'à entendre la céleste harmonie des sphères.

VIOLA

Chère dame.

OLIVIA

Permettez, je vous prie, j'ai envoyé après votre

dernière apparition pleine de charme ( vous m'avez entendue), une bague sur vos traces : c'est ainsi que je me suis trompée moi-même , et mon valet ; et , j'en ai peur, vous aussi. Il faut que je me soumette à dépendre de votre lenteur rebelle à m'interpi'éter, pour vous forcer , par une ruse honteuse , à prendre pour vous ce que vous ne saviez pas s'adresser à vous. Que pouvez-vous penser? N'avez-vous pas exposé mon honneur aux atteintes des pensées libres que se permet un coeur tyrannique ? Pour un homme de votre pénétration , c'est vous en montrer assez : au lieu du sein qui le cachait, ce n'est plus qu'une gaze transparente qui voile mon pauvre cœur. — A pi'ésent , que je vous entende me répondre.

VIOLA

Vous excitez ma compassion.

OLIVIA

C'est déjà un pas vers l'amour.

Non , ce n'est pas un pas vers lui ; car il est d'expérience journalière que très-souvent nous avons pitié de nos ennemis.

OLIVIA

Allons , il me semble qu'il est encore temps d'en rii'e. 0 monde ! que le pauvre, sur la première lueur de fortune, est prompt à s'enorgueillir! S'il faut être la proie de quelqu'un, combien il vaut mieux succomber sous le lion généreux, que sous le loup cruel ! ( L'heure sonne. ) Cette cloche me reproche la perte que je fais ici du temps. Rassurez-vous , jeune homme, je ne veux pas de vous ; et pourtant quand

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