‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 258 sur 294 · ANTONIO, SÉBASTIEN · texte numérisé non relu

ANTONIO, SÉBASTIEN

SÉBASTIEN

Je ne voudrais pas , et cela est bien loin de ma volonté , vous avoir causé le moindre embarras : mais puisque vous faites votre plaisir de vos peines , je ne vous fais plus aucune ï'emontrance.

ANTONIO

Je n'ai pu rester derrière vous : un de'sir, plus péne'trant que l'acier affilé , m'a aiguillonné et forcé à vous suivre. Et tout , dans ma démarche , n'est pas besoin de vous voir, tout n'est pas amitié, quoiqu'elle soit assez forte pour m'avoir fait entreprendre une plus longue roule; mais il y entre aussi de l'inquiétude , et la curiosité de savoir les aventures qui pourraient vous arriver dans votre voyage, à vous qui n'avez aucune connaissance de ce pays , qui souvent se montre sauvage, inhospitalier pour un étranger sans guide et sans ami. C'est donc le penchant de mon amitié, mais de mon amitié exaltée encore plus par ces sujets de crainte et d'alarmes, qui m'a fait vous suivre.

SÉBASTIEN

Mon cher Antonio , je ne peux vous répondre que par des remercîmens, et des remercîmens encore, et des remercîmens éternels. Souvent les services de l'amitié s'achètent et se payent avec cette monnaie sans cours. Mais si ma puissance égalait mon sentiment et mon désir, vous seriez mieux récompensé. — Que ferons-nous? Irons-nous voir ensemble les restes des antiques monumens de cette ville?

Demain , seigneur. Le mieux est que vous commenciez par aller voir votre logement.

SÉBASTIEN

Je ne suis point fatigué , et il y a loin encore d'ici à la nuit : je vous en prie, allons récréer nos yeux

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