ACTE III, SCÈNE IV. 46i
OLIVIA
Et vous aussi , monsieur !
SIR TOBIE
Songe à employer, pour te défendre , tout ce que tu as de force et d'adresse. De quelle nature sont les insultes que tu lui as faites , c'est ce que j'ignore : mais ton ennemi en embuscade, plein de courroux, respirant le sang comme un chasseur, t'attend au bout du verger. De'gaîne ta courte e'pée , sois leste à te mettre sur la parade; car ton assaillant est vif, habile , et pousse' par une haine à mort.
VIOLA
Vous vous méprenez, monsieur. Je suis certain que nul homme au monde n'est en querelle avec moi : ma mémoire est bien nette et ne me retrace pas la moindre idée d'aucune offense que j'aie faite à qui que ce soit.
SIR TOBIE
Vous trouverez le contraire , je vous en assure : ainsi , si vous attachez quelque prix à votre vie , songez à vous bien tenir sur vos gardes. Car voti-e adversaire a pour lui tous les avantages C[ue peuvent donner la jeunesse, l'art et la fureur.
VIOLA
Je vous prie, monsieur, dites-moi ce qu'il est.
Il est chevalier ; il a reçu l'accolade avec une rapière sans brèche et sur un tapis ^^^'^ : mais c'est un de'mon dans une querelle privée : il a déjà séparé trois âmes et trois corps; et sa furie est dans ce rao-
ment si implacable , qu'il n'y a point d'autre satisfaction qu'il accepte, que l'agonie de la mort et le tombeau : a toute outrance ^^"^ est son mot; prendre ou laisser.
TIOLA.
Je vais rentrer dans la maison , et demander à madame quelques avis sur la conduite que je dois tenir. Je ne suis point un escrimeur. J'ai ouï parler d'une espèce d'hommes qui suscitent exprès des querelles aux autres , pour tàter leur valeur : il y a apparence que c'est un homme qui a cette manie.
SIR TOBIE
Non ; son indignation dérive d'une injure formelle ; ainsi, préparez-vous, et donnez-lui satisfaction. Vous ne retournerez point au logis, à moins que vous ne veuilliez tenter avec moi ce que vous pouvez avec autant de sûreté vider avec lui. Ainsi, point de réplique , et tirez votre épée de son fourreau : car il est indispensable pour vous de combattre, cela est certain; ou bien renoncez à porter cette arme à votre côté.
VIOLA
Mais cela est aussi incivil qu'étrange. Je vous en conjure, faites-moi l'amitié de m'apprendre quelle est mon offense envers ce chevalier : ce ne peut êti'e qu'une inattention de ma part, et rien dont ma volonté soit complice.
Je le veux bien , seigneur Fabian ; restez auprès du jeune cavalier jusqu'à mon retour,
(SirTpblesorl.)