‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 270 sur 294 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

YIOLA.

De grâce, mopsieur, êtes-vous instruit du sujet de cette quei'clle?

FA.BIAN

Ce que je sais , c'est que le chevalier est irrité contre vous , au point d'en venir à une décision à mort ; mais je ne sais rien sur les circonstances.

VIOLA

Dites-moi, je vous prie, quelle espèce d'homme est-ce ?

FABIAN

Son air ne promet rien d'extraordinaire, et l'on ne lit point sur sa figure qu'il est ce que vous le trouverez à l'épreuve de sa valeur. C'est l'adversaire le plus habile , le plus sanguinaire et le plus fatal que vous puissiez trouver dans toute l'Illyrie. Voulez-vous que nous marchions à sa rencontre? Je fei'ai votre paix avec lui, si je puis.

VIOLA

Je vous en aurai la plus grande obligation. Je suis un de ces hommes qui aimeraient beaucoup mieux faire société avec messire le curé , qu'avec sir le chevalier; je ne me soucie pas , moi, de faire tant connaître aux gens jusqu'où va mon courage.

( Ils sortent , et sir Totie revieot avec sir André. ) SIR TOEIE.

Oh ! ma foi , c'est un vrai démon ; je n'ai jamais vu un tel champion. J'ai fait un assaut avec lui; lame , fourreau , tout ; il m'a porté la botte , et d'une rapidité de mouvement si inconcevable , qu'il

est impossible de l'e'viter ; et à la riposte, il vous répond aussi sûrement que votre pied frappe la terre sur laquelle il marche. On dit qu'il a e'te' le maître d'armes du Sophi.

SIR ANDRE

La peste l'étouffé; je ne veux point avoir affaire à lui.

SIR TOBIE

Oui, mais il ne se laissera pas apaiser. Fabian a bien de la peine à le retenir là-bas.

SIR ANDRÉ

Malepeste ! Si j'avais pu croire qu'il fût si vaillant, et si consommé dans l'escrime, je l'aurais vu damné avant de lui envoyer un cartel. S'il veut laisser les choses là, je lui ferai présent de mon cheval , le gris capilet.

SIR TOBIE

Je veux bien lui en faire la proposition ; restez ici , faites bonne contenance; cela finira, j'espère, sans aucune perte d'âmes. Mordienne, je monterai votre cheval, aussi volontiers que je vous monte. ( Rentrent Fabian et Viola. ){Â Fabian). J'ai son che,val pour apaiser la quei^elle. — Je lui ai persuadé que le jeune homme était un diable.

FABIAN.àsirTobie.

Le jeune homme a de lui une idée aussi formidable, et il est haletant et pâle, comme s'il sentait un ours à ses talons.

SIR TOBIE, à Viola.

Il n'y a point de remède. Il faut qu'il se batte avec "Vous , ne fût-ce que pour l'honneur de son serment.

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