‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 272 sur 294 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

PKEMIER OFFICIER.

Non , monsieur, pas du tout. — Je connais vos traits à merveille, quoique vous n'ayez pas maintenant le bonnet de mer sur la tête. — Emmenez-le : il sait que je le connais très-bien.

ANTONIO, à Viola.

Je suis force' d'obéir. — Voilà ce qui m'arrive en vous cherchant , mais il n'y a pas de remède. Je saurai faire face à rëvèiiement : vovis, que ferez-vous ? Maintenant la nécessité me force de vous demander ma bourse; je ressens bien plus de peine, de ne pouvoir rien faire pour vous , que du malheur qui m'arrive. Vous restez confondu; allons, rassurezvous.

SECOND OFFICIER

Allons, monsieur, partons.

Je suis forcé de vous demander de cet argent.

VIOLA

Quel argent , monsieur? Je veux bien , en considération de l'intérêt généreux que vous venez de montrer ici pour moi, et touché aussi de l'accident qui vous arrive , vous prêter quelque chose de mes minces et modiques facultés : ce que je possède est peu de chose ; je le partagerai volontiers avec vous : tenez, voilà la moitié de ma bourse.

ANTONIO

Voulez-vous me refuser à présent? Est-il possible que mes services envers vous ne soient pas capables de vous persuader ? N'insultez pas à mon infortune,

de crainte que le ressentiment ne me pousse à l'inconse'quence de vous reprocher les services que je vous ai rendus.

VIOLA

Je ne sache pas que vous m'en ayez rendu aucun j et je ne vous reconnais ni au son de voix , ni à vos traits ; je hais plus dans un homme l'ingratitude que le mensonge, la fausseté, la babillarde ivresse, ou tout autre vice honteux , dont le germe impur corrompt notre sang.

ANTONIO

Ociel!

SECOND OFFICIER

Allons, monsieur , je vous prie, suivez-nous.

Laissez-moi dire encore un mot. Ce jeune homme, que vous voyez là , je l'ai arraché des bras de la mortj je l'ai secouru avec le zèle le plus pur et le plus généreux,... et je m'étais dévoué à lui, séduit par la candeur de son visage, qui promettait, à ce que je m'imaginais , le plus i-espectable mérite.

SECOND OFFICIER

Qu'est-ce que cela nous fait? Les momens s'écoulent. — Allons , partons.

ANTONIO

Mais en quelle vile idole s'est changé ce dieu ! — Sébastien , tu as étrangement déshonoré cette heureuse physionomie. — Il n'est dans la nature de véritables difformités que celles de l'âme ; nul ne peut être taxé de laideur que l'ingrat. La vraie

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