ACTE III, SCÈNE IV
beauté c'est la vertu ; le vice que couvre un beau masque n'est qu'un coffre vide que le démon a décoré à l'extérieur.
PREMIER OFFICIER
Cet homme perd la raison ; emmenez-le sans délai. — Allons, allons, monsieur.
ANTONIO
Conduisez-moi.
( Les officiers emmènent Antonio.) VIOLA.
Il me semble que ses reproches partent d'un sentiment et d'une idée que je ne partage pas. Oh ! réalise-toi, illusion; réalise-toi! que je sois en effet prise ici pour mon frère !
Approche , chevalier ; approche , Fabian ; nous nous dirons tout bas une ou deux sages sentences.
VIOLA
Il a nommé Sébastien ! Je sais que mon frère vit encore dans mon image. Oui, c'étaient là les traits, oui, les traits de mon frère; et il était toujours vêtu de cette façon : même couleur, même parure; car je l'imite en tout. Oh! si cette conjecture est une vérité, la tempête est donc compatissante, et les flots savent s'attendrir.
(EUe sort.) SIR TOBIE.
Voilà un jeune homme sans honneur et des plus méprisables : il est plus poltron qu'un lièvre ; sa malhonnêteté se manifeste en laissant ici son ami dans l'infortune, et il pousse la lâcheté jusqu'à le
renier ; quant à sa poltronnerie , interrogez Fa-
bian.
FABIAN
Un poltron , un poltron des plus fiefFës , poltron jusqu'au scrupule.
SIR AWDRÉ.
Par le ciel, je veux courir après lui et le battre.
SIR TOBIE
Oui, faites-le, et étrillez-le d'importance; mais ne tirez jamais l'ëpée.
Et je ne la tire pas non plus.
{ Sir André sort. ) FABIAN.
Allons, voyons le de'noûment.
SIR TOBIE
Je gagerais bien quelque argent qu'il n'arrivera rien encore.
(Ils sortent. )