‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 274 sur 294 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

La rue, devant la maison d'Olivia.

Entrent SÉBASTIEN et LE BOUFFON.

LE BOUFFON

V OTJDRiEZ-vous mc faire croire que ce n'est pas vous qu'on m'a envoyé' cheixher ?

SÉBASTIEN

Va-t'en, va-t'en; tu n'es qu'un fou. Dëbarrassemoi de ta personne.

LE BOUFFON

Fort bien soutenu, en vérité! Non , sans doute, je ne vous connais pas ; et il n'est pas vrai que j'aie été envoyé par ma maîtresse pour vous dire de venir lui parler, et votre nom n'est pas monsieur Césario, et ce nez n'est pas à moi non plus sans doute? — Non, tout ce qui est n'est pas.

SÉBASTIEN

Je t'en prie, va exhaler ta folie ailleurs. Tu ne me connais point.

LE BOUFFON

Exheder ma folie! Il a entendu dire ce mot de

quelque grand homme, et maintenant il l'applique à un fou. Exhaler ma folie! J'ai bien peur que ce grand lourdeau , qu'on appelle le monde, ne de- "vienne tout-à-fait badaud. Je vous en prie instamment, quittez enfin cet air de surpi-ise étrange, et daignez me dire ce que je dois exhaler à ma maîtresse; irai-je lui dire que tous allez venir?

SÉBASTIEN

Je t'en conjure, Grec sans cervelle ^®^^, laisse-moi; voilà de l'argent pour l'obtenir de toi : si tu restes plus long-temps , je te paierai dans une autre monnaie qui te plaira moins.

LE BODFFOH.

Sur ma foi , tu as une main facile à s'ouvrir. — Les hommes qvii donnent de l'argent aux fous, savent se procurer des de'cisions favorables après un marché de quatorze ans.

( Enlrent sir André, sir Tobie et Faiian. )

SIR ANDRÉ, prenant Sétastien pour Viola.

Quoi! je vous rencontre encore ici, l'ami? Voilà pour vous.

( frappe Se'baslien. ) SÉBASTIEN.

Et voilà pour toi ( il le lui rend), et encore, et encore. Sont-ils tous fous ici?

SIR TOBIE

Arrêtez , monsieur, ou je jetterai votre épée pardessus la maison.

LE BOUFFON

Je veux aller annoncer cela tout de suite à ma

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