SCÈNE II
Appartement dans la maison d'Olivia.
MARIE et LE BOUFFON.
MAKIE.
Ah! je t'en pi'ie, mets cette robe, et ajuste-toi cette barbe ; fais-lui croire que tu es messire Topas, le curé : fais-le promptement ; je vais pendant ce temps-là chercher sir Tobie.
( Marie sort. ) LE BOUFFON.
He' bien, je vais la mettre, et me déguiser sous cet accoutrement ; et je voudrais être le premier qui se fût jamais travesti sous une pareille robe. Je ne suis pas assez grand pour en bien remplir la fonction , ni assez maigre pour être réputé' bon étudiant; mais si l'on dit d'un homme qu'il est honnête homme , un bon écon ome de maison, cela vaut bien autant que si l'on disait qu'il est un bon sujet et un grand clerc. Voici les confédérés qui viennent.
( Entrent sii- Tobie Belcli et Marie. ) SIR TOBIE.
Que Jupiter vous bénisse , monsieur le curé.
LE BODFFON.
Bonos dies '^''^\ sir Tobie; car de même que le vieil ermite de Prague, qui de sa vie .n'avait vu plume ni encre , dit fort ingénieusement à la nièce du l'oi Gorboduc '^^''^ ce qui est, est ^^^''; de même.
moi , étant monsieur le curé , je suis monsieur le curé : qu'est-ce que cela, si ce n'est cela; et qu'estce qui est , que ce qui est ?
SIR TOBIE, indiquant MaWolio.
A lui , messire Topas.
LE BOUFFON
Holà, dis-je! La paix dans cette prison!
SIR TOBIE
Le coquin contiefait à merveille; c'est un adroit fripon.
MALVOLIO, dans une chambre.
Qui appelle là?
LE BODFFON.
Messire Topas le curé , qui vient visiter Malvolio le lunatique.
MALVOLIO
Messire Topas , messire Topas , bon monsieur Topas , allez trouver madame.
LE BOUFFON
Hors d'ici , démon hyperbolique ; comme tu tourmentes ce malheureux! Ne parles-tu donc jamais que de dames?
SIR TOBIE
Bien dit, monsieur le curé.
MALVOLIO
Monsieur Topas , jamais homme ne reçut un pareil affront : bon monsieur Topas , ne croyez point que je sois fou; ils m'ont mis ici dans une horrible obscurité.