ACTE IV, SCÈNE II
LE BOUFFON
Fi , tu déshonores Satan ! Je t'ai appelé dans les termes les plus modérés; car je suis un de ces hommes polis qui savent traiter honnêtement le diable lui-même : tu dis que la maison est ténébreuse ?
MALVOLIO
Comme l'enfer , monsieur Topas.
LE BOUFFON
Elle a des fenêtres cintrées qui sont transparentes comme des treillages , et les pierres qui sont vers le sud-nord sont claires et lustrées comme l'ébène; et tu te plains que le passage de la lumière est obstrué?
MALVOLIO
Je ne suis pas fou, monsieur Topas; je vous dis que cette maison est ténébreuse.
LE BOUFFON
Homme insensé , tu es dans l'erreur. Je te dis, moi , qu'il n'y a point d'autres ténèbres que l'ignorance; et tu y es enfoncé plus avant que ne le sont les Égyptiens dans leur brouillard.
MALVOLIO
Je vous dis que celte maison est sombre comme l'ignorance , l'ignorance fût-elle noire comme l'enfer; et je dis qu'il n'y a jamais eu d'homme aussi indignement traité. Je ne suis pas plus fou que vous l'êtes; mettez-moi à l'épreuve par quelque question résulière.
LE BODFFON.
Quelle est l'opinion de Pythagore sur l'espèce volatile ?
MALVOLIO
Que l'âme de notre grand'mère pourrait bien loger dans le corps d'un oiseau.
LE BOUFFON
Et que penses-tu de son opinion ?
MALYOLIO.
J'ai de l'âme une ide'e noble, et je n'approuve nullement son opinion.
Adieu, reste dans les ténèbres; tu soutiendras l'opinion de Pythagore avant que je te croie dans ton bon sens ; et tu craindras de tuer un coq de bruyère, de peur de déposséder l'âme de ta grand'mère : allons , porte-toi bien.
MALVOLIO
Monsieur Topas ! monsieur Topas !
SIR TOBIE
Mon cher et charmant monsieur Topas !
LE BOUFFON
Je suis bon pour toutes les eaux ^^'^.
MARIE
Tu pouvais jouer ce rôle sans robe ni barbe : il ne te voit pas.
SIR TOBIE
Va le trouver et parle-lui de ton son de voix natui'el , et tu viendras me i^endre compte de l'état