SCÈNE PREMIÈRE
La rue devant la maison d'Olivia.
LE BOUFFON et FABIAN.
FABIAN
Ah! je t'en prie, si tu m'aimes, laisse-moi voir sa lettre.
Et TOUS, mon cher monsieur Fabian, accordez-moi une autre requête.
FABIAN
Tout au monde.
LE BOUFFON
C'est de ne pas désirer voir cette lettre.
FABIAN
Hé mais , c'est me faire don d'un chien , et puis , pour récompense, me redemander mon chien.
(Entrent le duc, Viola, et suite. ) LE DUC.
Mes amis, appartenez-vous à la dame Olivia?
4fc6 LA DOUZIÈME NUIT,
LE BOUFFON
Oui, monsieur, nous faisons partie des meubles de sa maison .
LE DUC
Ah ! je te reconnais à merveille ; hë bien , comment t'en va, mon garçon?
LE BOUFFON
Vraiment, monsieur, bien pour mes ennemis , et mal pour mes amis.
LE DUC
C'est précisément le contraire; bien pour tes amis.
Non, monsieur, mal.
LE DUC
Comment l'entends-tu ?
LE BOUFFON
Eh ! monsieur , mes amis me flattent et font de moi un imbécile ; au lieu que mes ennemis me disent tout uniment que je suis un imbécile : ensorte que, grâce à mes ennemis, je profite dans la connaissance de moi-même; tandis que mes amis se jouent de moi : bref, si les conséquences sont comme les baisers, deux négatives éqtiivalentà deux affirmatives '^^'). Voilà pourquoi je suis mal pour mes amis et bien pour mes ennemis.
LE DUC
Ton explication est excellente.