‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 282 sur 294 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

La rue devant la maison d'Olivia.

LE BOUFFON et FABIAN.

FABIAN

Ah! je t'en prie, si tu m'aimes, laisse-moi voir sa lettre.

Et TOUS, mon cher monsieur Fabian, accordez-moi une autre requête.

FABIAN

Tout au monde.

LE BOUFFON

C'est de ne pas désirer voir cette lettre.

FABIAN

Hé mais , c'est me faire don d'un chien , et puis , pour récompense, me redemander mon chien.

(Entrent le duc, Viola, et suite. ) LE DUC.

Mes amis, appartenez-vous à la dame Olivia?

4fc6 LA DOUZIÈME NUIT,

LE BOUFFON

Oui, monsieur, nous faisons partie des meubles de sa maison .

LE DUC

Ah ! je te reconnais à merveille ; hë bien , comment t'en va, mon garçon?

LE BOUFFON

Vraiment, monsieur, bien pour mes ennemis , et mal pour mes amis.

LE DUC

C'est précisément le contraire; bien pour tes amis.

Non, monsieur, mal.

LE DUC

Comment l'entends-tu ?

LE BOUFFON

Eh ! monsieur , mes amis me flattent et font de moi un imbécile ; au lieu que mes ennemis me disent tout uniment que je suis un imbécile : ensorte que, grâce à mes ennemis, je profite dans la connaissance de moi-même; tandis que mes amis se jouent de moi : bref, si les conséquences sont comme les baisers, deux négatives éqtiivalentà deux affirmatives '^^'). Voilà pourquoi je suis mal pour mes amis et bien pour mes ennemis.

LE DUC

Ton explication est excellente.

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