‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 284 sur 294 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

désespéré ; nous l'avons trouvé mêlé dans une querelle particulière.

VIOLA

Il m'a rendu service, seigneur : il a tiré l'épée pour ma défense ; mais il a fini par m'adresser un discours si étrange , que je ne puis y comprendre autre chose , sinon que ce doit être un effet de la folie.

LE DUC, à Anlonui.

Insigne pirate, écumeur de mer, quelle audace insensée t'a conduit ici à la merci de ceux tfue tu as rendus tes ennemis par le combat sanglant et la perte énorme que tu leur as fait essuyer?

AiSTONIO.

Orsino, noble duc, souffrez que je repousse les noms déshonorans cjue vous me donnez. Jamais Antonio ne fut un pirate ni un brigand , quoiqu'il soit, je l'avoue, et cela sur des motifs assez fondés, l'ennemi d'Orsino, C'est un véritable enchantement qui m'a attiré ici : ce jeune homme , qui est à côté de vous, le plus grand des ingrats, c'est moi qui lai arraché aux gouffres écumans d'une nier furieuse : il avait fait naufrage, et n'avait plus d'espoir ; je lui ai fait présent de la vie, et j'ai encore ajouté à ce don celui de mon amitié, sans restriction ni réserve, en me dévouant à lui. C'est pour ses intéi'êts, par pur amour pour lui, que je me suis exposé au danger d'entrer dans cette ville ennemie. J'ai tiré l'épée pour le défendre dans une cjuerelle où il était attaqué; et c'est là que j'ai été arrêté; c'est là que le perfide, par une indigne dissimulation, a refusé de

4(,o LA DOUZIEME NUIT,

prendi^e aucune part à mon danger, et que son cœur ingrat lui a appris à me renier pour être de sa connaissance; il est devenu en un clin d'oeil comme un étranger qui ne m'aurait pas vu depuis vingt ans ; il a refusé de me rendre ma propre bourse , que j'avais recommandée à son usage il n'y avait pas une demi-heure.

VIOLA

Comment cela peut-il être?

LE DUC

Depuis quand ce jeune homme est-il entré dans cette ville ?

ANTONIO

D'aujourd'hui, seigneur. Et nous étions ensemble depuis trois mois , sans nous être quittés d'un instant, d'une seule minute.

( Entre Olivia avec sa suite. )

LE DUC

Voici la comtesse qui s'avance : je crois voir le ciel se promener sur la teinte. (j4 Antonio.) Quant à toi , mon ami, ce que tu dis est de la démence. Il y a ti'ois mois que ce jeune homme est attaché à mon service. — Mais nous reviendrons tout à l'heure à ton affaire. — Qu'on l'emmène à l'écart.

OLIVIA

Que désire mon noble comte, excepté ce qu'Olivia ne peut lui accorder, en quoi mes services lui fussent agréables? — Césario , vous ne me tenez pas votre parole.

VIOLA

Madame?

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