‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 285 sur 294 · ACTE V, SCÈiNI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈiNI

LE DUC

Aimable Olivia. ...

OLIVIA

Que dites-vous , Ce'sario ? — Mon cher seigneur.

VIOLA

Son altesse veut parler ; et mon respect m'impose silence.

OLIVIA

Si c'est toujours sur votre ancien ton , seigneur, il est aussi dissonant , aussi fâcheux à mon oreille, cjue le sont des hurleniens après une douce musique.

Toujours aussi cruelle ?

OLIVIA

Toujours aussi constante, seigneur.

LE DUC

Quoi! constante dans la perversité? Vous, cruelle beauté, qui avez vu mon cœur offrir à vos autels ingrats et défavorables les vœux les plus ardens et les plus fidèles que la religion ait jamais adresses aux dieux ! — Que ferai-je ?

OLIVIA

Tout ce cju'il plaira à votre altesse de. faire d'elle.

LE DUC

Eh ! qui m'empêcherait, si j'avais le cœur de le faire , d'imiter le ravisseur égyptien ^''^^ sur le point de mourir, et de tuer ce que j'aime? C'est une jalousie sauvage , mais qui parfois annonce de la noblesse. — Ecoutez ce que je vais vous dire : puisc^ue

4y2 LA DOUZIÈME NUIT ,

vous rebutez ma foi avec de'dain , et que je connais en partie l'instrument subalterne qui m'enlève la place qui m'était due dans votre faveur, vivez, vivez tranquille, tyran au cœur de marbre : mais ce favori, que je connais pour l'objet de votre amour, et que, j'en jure par le ciel, je chéris moi-même tendrement , je l'arracherai de ces yeux cruels pour moi , où il est assis triompjhant sur la ruine de son maître. — Venez, jeune homme, suivez-moi : mon cœur est tourné à la vengeance , je vais immoler l'agneau que j'aime , et déchirer un cœur de vautour en perçant le sein d'une colombe.

( Il fait quelques pas pour s'en aller.)

Et moi , tout prêt , tout joyeux et tout dévoué, je subirais volontiers mille morts pour rendre le repos à votre âme.

( Elle va pour suivre le duc.) OLIVIA.

Où va Césario ?

VIOLA

Sur les pas de celui que j'aime plus que je n'aime mes yeux, plus que je n'aime ma vie, et mille fois plus que je n'aimerai jamais une femme. Si je feins, ô vous, puissances du ciel qui en êtes témoins, punissez sur ma vie mes fautes contre l'amour.

OLIVIA

Hélas! malheureuse que je suis, comme je suis trompée !

VIOLA

Qui donc vous trompe? qui vous outi^age?

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