ACTE V, SCÈNE I
SIR ANDRÉ
Il m'a blessé la tête , et donné aussi à sir Tobie une sanglante estafilade. — Au nom de Dieu, du secours : pour quarante guinées je voudrais être chez moi.
OLIVIA
Quel est le coupable , sir André ?
Le page du comte, un nommé Césario. Nous l'avons pris pour un poltron, mais c'est un vrai diable incarné.
LE DUC
Mon page, Césario?
SIR AWDRÉ.
Mort de ma vie ! le voilà ici. — Oui, vous m'avez fendu la tête pour rien ; et moi ce que j'ai fait, je ne l'ai fait que par l'instigation de sir Tobie.
VIOLA
Pourcjuoi vous adressez-vous à moi ^ Jamais je ne vous ai fait aucun mal. Vous avez tiré votre épée sur moi sans aucun sujet : je vous ai parlé doux , et je ne vous ai fait aucune blessure.
SIR ANDRÉ
Si une entaille sanglante est une blessure , vous m'avez blessé; je crois que vous ne faites pas cas d'une entaille sanglante. \Entre sir Tobie ivre et soutenu par le boiijj on. )Yoici sir Tobie qui vient tout chancelant : vous allez en entendre davantage. Mais, s'il n'avait pas été pris de boisson, il vous aurait chatouillé d'une autre manière qu'il n'a fait.
4,j6 LA DOUZIÈME NUIT,
LE DUC
Hë bien , chevalier , en quel état êtes-vous donc ?
SIR TOBIE
Cela est ëaçal : il m'a blessé , et voilà tout, — {Au fou.) Sot, as-tu vu Dick le chirurgien? réponds.
Oh! il est ivre, sir Tobie , depuis près d'une heure. Ses yeux se sont fermés à huit heures du matin.
SIR TOBIE
Eh bien , c'est un drôle; et après un passamezze ^^^^, et un pavan (^'"^ , ce que je hais le plus, c'est un drôle qui s'enivre.
SIR ANDRÉ
Je vais vous aider, sir Tobie ; nous nous ferons panser ensemble.
SIR TOBIE
Voulez-vous aider une tête d'âne , un fat , un fripon , un drôle à la face effilée , une dupe?
OLIVIA
Qu'on le mène à son lit, et que sa blessure soit pansée.
( Le bouJFon, sir André et sir Tobic sortent. ) ( Se'Lastien entre. )
SÉBASTIEN
Jesuisfàché, madame, d'avoir blessé votre parent; mais eût-il été mon propre frère , je n'aurais pu en faire moins, par prudence et pour ma sûreté. Vous jetez sur moi un regai^d tout-à-fait étrange, qui me fait sentir que je vous ai offensée. Pai-don-