ACTE II, SCENE III. Sçj
calme! Elle semble faire silence pour favoriser l'harmonie.
DON PÈDRE. ,;
Voyez-vous où Be'nëdick s'est caché?
CLAUDIO
Olî ! très-bien , seigneur ; la musique finie , nous saurons attraper ce renard aux aguets.
( Balll.azar entre avec des musiciens. )
DOK PÈDRE.
Venez, Balthazar; rëpëtez-nous cette chanson.
B.\LTHAZ.4E.
Oh! grâce, grâce, mon prince; ne forcez point une voix aussi enrouée que la mienne à faire un double affront à la musique.
DOIN PÈDRE
Jeter un voile modeste sur ses perfections , c'est la preuve du grand talent. Chantez, je vous en supplie, et ne me laissez pas vous supplier plus longtemps.
BALTHAZAR
Puisque vous parlez de supplier , je chanterai : maint amant adresse ses voeux à un objet qu'il n'en juge pas digne ; et pourtant il prie, et jure qu'il aime.
DOS PÈDRE
Allons, commence, je te prie; ou si tu veux disputer plus long-temps, que ce soit en notes.
BALTHAZAR
Avant de noter mes notes, notez ceci qu'il n y a pas une de mes notes qui méi-ite d'être notée.
6o BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,
DON PÈDRE
Hé mais , ce sont de doubles croches que ses paroles, notes, notez, notice!
BÉNÉDICK.
Oh l'air divin ! — Déjà son âme est ravie ! N'estil pas bien étrange que ces boyaux de mouton trazisportent l'âme hors du corps de l'homme? — Fort bien , présentez-moi la tasse pour demander mon ai'gent lorsque vous aurez fini.
BALTHAZAR chante.
Ne soupirez plus , belles , ne soupirez plus; Les hommes furent toujours des trompeurs, Un pied dans la mer, l'autre sur le rivage, Jamais constans à une seule chose.
Ne soupirez donc plus;
Laissez-les aller;
Soyez heureuses et belles ; Convertissez tous vos chants de tristesse
En eh nonny ! eh nonny !
Ne chantez plus de complaintes, ne chantez plus Ces peines si fastidieuses;
La perfidie des hommes fut toujours la même Depuis la feuille du premier printemps.
Ne soupirez donc plus, etc. , etc.
DON PÈDRE
Par ma foi , une bonne chanson.
BALTHAZAR
Oui , prince , et un mauvais chanteur.
DON PÈDRE
Ah ! non , non ; vous chantez vraiment assez bien pour un cas de nécessité.