‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 291 sur 294 · ACTE V, SCÈNE I. Soi · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I. Soi

LE BOUFFON

Non, madame : je ne sais que lire de la folie. Si vous voulez qu'elle soit lue du ton et dans l'accent où elle doit l'être, vous pouvez lui prêter vous-même une voix.

OLIVIA

Je t'en prie, lis-la en homme qui jouit de sa raison.

LE BOUFFON

C'est ce que je fais, ma chère dame. Pour représenter en lisant l'état de son esprit, il faut le lire comme je fais : ainsi attention , ma princesse , et prêtez l'oreille.

OLIVIA, à FaWan.

Lis-la, toi.

FABIAN prend la lettre, et Ht.

(( Par le seigneur, madame , vous me faites injure, et le monde en sera instruit; quoique vous m'ayez fait mettre dans les ténèbres, et que vous ayez donné à votre ivrogne d'oncle l'empire sur moi, cependant j'ai l'avantage de jouir de mes facultés aussi bien que vous, madame. Je suis porteur de votre propre lettre qui m'a excité à prendre le maintien que j'ai emprunté, et cette lettre me servira, j'en suis certain, ou à me faire rendre justice, ou à vous couvrir de honte. Pensez de moi ce qu'il vous plaira. J'oublie un peu le respect que je peux vous devoir, pour ne songer qu'à l'affront que j'ai reçu.

» Malvolio , quo7i a traité en insensé. »

Est-ce bien lui qui a écrit cette lettre ?

5oa LA DOUZIÈME NUIT,

LE BOUFFON

Oui, madame.

LE DUC

Cela ne sent pas trop la folie.

OLIVIA

Fabian , voyez à ce qu'on le mette en liberté' : amenez-le ici. Seigneur, laissons ces soins à d'autres temps, et daignez me croire aussi bonne sœur que tendre épouse; qu'un seul et même jour couronne cette double alliance , ici dans mon palais , et à mes frais.

LE DUC

Je suis très-dispose' à accepter votre offre. ( A Viola. ) Votre maitre vous tient quitte de vos services ; et pour ceux que vous lui avez rendus , si opposés au caractère de votre sexe , si au-dessous de votre délicate et tendre constitution, et en récompense de ce que vous m'avez appelé si long-temps votre maître, voilà ma main : vous serez désormais la maîtresse de votre maître.

OLIVIA

Vous, ma soeur? — Oui , vous l'êtes.

(Fabiaa amène Malvolio. )

LE DUC

Est-ce là l'homme qu'on dit fou ?

Oui, seigneur , c'est lui même. — Hé bien , Malvolio ?

MALVOLIO

Madame , vous m'avez fait un outrage , un cruel outraee.

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