ACTE II, SCÈNE J 1 I
CLAUDIO
Ajoutez qu'elle est remplie de sagesse.
DON PF.DRE
Dans tous les points , si vous en exceptez un , son amour pour Bénéclick.
LÉONATO.
Oh ! seigneur , quand la sagesse et la nature combattent dans un corps si tendre , nous ayons dix preuves pour une que la nature a la victoire; je m'afflige pour elle , et à plus d'un titre , comme son oncle et son tuteur.
DON PÈDRE
Que n'a-t-elle tourné son tendre penchant sur moi ! Vous m'auriez vu mettre à l'écart toutes autres considérations, et faire de votre nièce la moitié chérie de moi-même. Je vous en prie , informez Bénédick de sa conquête , et sachons ce qu'il dira.
LÉONATO.
Cela serait-il à propos ? Qu'en pensez-vous ?
CLAUDIO
Héro croit que sûrement sa cousine en mourra ; car Béatrice assure qu'elle mourra si Bénédick ne l'aime point, et qu'elle mourra cent fois encore avant de lui laisser voir son amour ; s'il lui adresse ses vœux, elle mourra encore plutôt que de descendre d'une ligne de sa malice accoutumée.
DON PÈDRE
Elle a raison ; s'il la voyait jamais faire les offres de son amour, je ne répondrais pas qu'elle n'en fût dédaignée; car l'homme....
ToM. VII. Shahspeare. 5
CLAUDIO
Il est bien fait de sa personne.
DON PÈDRE
Et doue' d'une physionomie heureuse , on ne peut le nier.
CLAUDIO
Devant Dieu et dans ma couscience, je le trouve homme de bon sens.
DON PÈDRE
Et parfois il laisse échapper quelques étincelles qui ressemblent bien à de l'esprit.
LÉONATO.
Et je le crois vaillant.
DON PÈDRE
Comme Hector, je vous assure. Vous pouvez ci(er sa prudence dans la conduite d'une querelle j car il l'évite avec une grande réserve, ou s'il la suit, c'est ' avec une frayeur vraiment chrétienne.
Si Ihomme est craignant Dieu, par une suite nécessaire sou humeur doit être pacifique ; et s il est forcé de sortir de sa paix , il doit entrer dans la querelle à regret et en tremblant.
DON PÈDRE
Ainsi en use-t-il. Car il a la crainte de Dieu , quoiqu'on ne l'en soupçonne guère aux épigrammes assez fortes qu il lance çà et là. Croyez que je plains voti'e nièce. — Irons-nous chercher Bénédick et lui apprendre qu'il est aimé ?