‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 34 sur 294 · ACTE II, SCÈNE III. fiy · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. fiy

CLAUDIO

Ne lui en parlon.s jamais. Qne les hons conseils détruisent l'amour dans le cœur de Béatrice.

LKOjNATO.

Non, cela est impossible, elle anéantirait plutôt son cœur.

DON PÈDRE

Eh bien, attendons que votre fille nous en apprenne davantaf^e ; jusque-là laissons ce feu se l'alentir. J'aime Bénédick. Je souhaiterais que, portant sur lui un œil modeste , il vit combien il est indigne d'une beauté si aimable.

LÉONAÏO.

Vous plaît-il de rentrer, seigneur? Le souper est prêt.

CLADDIO, àpart.

Si après cela il ne se passionne pas pour elle , je ne croirai jamais à mes idées.

DON PÈDRE, à voix tasse.

Que le même filet serve pour Béatrice. Votre fille nous a promis de le tendre , en se faisant aider de la suivante. La comédie sera plaisante quand chacun d'eux jouira de la passion de l'autre , et que cependant il n'en sera rien; telle est la scène que je prépare et qui se passera en pantomime. Envoyons Béatrice pour l'appeler au diner.

( Don Pèdre sort avec Claudio et Léonato.) (Béne'dick sort du bois, et s'avance. )

BÉNÉDICK.

Ce ne peut être un tour qu'on me joue ; leur conférence avait un ton sérieux. — La vérité du fait,

ils la tiennent d'He'ro. — Tous semblent plaindre la pauvre demoiselle. — Il paraît que sa passion est au comble. — M'aimer ! — Cela mérite d'être payé de retour. — J'ai entendu à quel point on me blâme. Us disent que je m'entlerai d'orgueil si j'entrevois que l'amour vienne d'elle. — Ils disent aussi qu'elle mourra plutôt que de donner un signe de tendresse. — Je ne pensai jamais au mariage. — Je ne dois point montrer d'orgueil. — Heureux ceux qui entendent leur censure et en profitent pour se corriger ! — Ils disent que la dame est belle : c'est une vérité. De cela j'en puis répondre. — - Et vertueuse , rien de plus sûr ; je ne saurais le contester. — Et très-sensée en tout , — excepté dans son faible pour moi. ■ — De bonne foi, ce trait ne fait pas l'éloge de son jugement , et pourtant ce n'est pas une folie de sa part; car je prétends moi-même l'aimer horriblement. — Il se pourra qu'on lance sur ma peau quelques sarcasmes, quelques mauvais quolibets, parce qu'on m'a toujours vu me railler du mariage. Mais quoi ? le goût ne change-t-il jamais ? Tel aime dans sa jeunesse un mets qu'il ne peut souffrir dans ses vieux jours. Des sentences, des sornettes, et ces boulettes de papier que l'esprit décoche , tiendrontelles un homme en respect et l'empêcheront-elles de suivre le chemin qui le tente ? — Non , non , il faut que le monde soit peuplé. Quand je m'avisai de dire que je vivrais gai'çon , je ne pensais pas devoir vivre jusqu'à ce que je fusse marié. — Voilà Béatrice qui vient ici. — Par ce beau jour , c'est une charmante personne ! — Je découvre en elle quelques symptômes d'amour.

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