ACTE IV, SCÈNE I. )o
par un mot trop libre. Comme un frère auprès de sa sœur, je lui montrais une sincérité timide et un amour décent.
Et vous ai-je jamais montré une apparence contraire ?
CLAUDIO
Maudite soit votre apparence , je m'inscris en faux contre elle; vous me semblez telle que Diane dans son orbe , chaste comme le bouton avant que la fleur soit épanouie ; mais vous avez un sang plus impudique cpie celui de Vénus ou celui de ces ci'éatures lascives qui se livrent à une brutale sensualité.
HÉRO
Etes-vous maître de votre raison, seigneur, quand vous tenez des discours si extravagans ?
LÉONATO.
Généreux prince, pourquoi ne parlez-vous pas?
DON PÈDRE
Que pourrais-je dire? Je reste confus et déshonoré par les soins que j'ai pris pour unir mon digne ami à une vile courtisane.
LÉONATO.
Ces mots sont-ils réellement proférés à mon oreille, ou suis-je égaré dans un songe ?
DON JUAN
Ils le sont réellement , seigneur , et les faits sont vrais.
BÉNÉDICK.
Ceci n'a pas un air de noces.
io6 BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,
Vrais ! 6 Dieu !
CLAUDIO
Léonato , suis-je debout ici? Est-ce là le prince, et là son frère ? Ce front est-il celui d'Héro ? Sont-ce là nos yeux ?
LÉONATO.
Oui sans doute; mais qu'en résulte-t-il, seigneur?
CLAUDIO
Laissez-moi adresser une seule question à votre fille , et par ce pouvoir paternel que la nature vous donne, commandez-lui de répondre avec vérité.
LÉONATO.
Je t'ordonne de me répondre comme mon enfant.
HÉRO
0 Dieu, défendez-moi. Comme je suis environnée d'ennemis ! A quel interrogatoire suis-je donc soumise ?
CLAUDIO
Arépondi'e fidèlement au nom que vous portez.
HÉRO
Ce nom n'est-il pas Héro? Qui peut le flétrir d'un juste reproche.
CLAUDIO
Héro elle-même peut d'un mot anéantir la vertu d'Héro. Quel homme s'entretenait la nuit dernière avec vous , penchée sur votre fenêtre , entre minuit et une heure? Maintenant, si vous êtes chaste, répondez à cette question.