ACTE IV, SCÈNE I. n
BÉATRICE
C'est l'office d'un homme, mais vous n'êtes point cet homme.
BÉNÉDICK.
Je n'aime rien dans le monde autant que vous. Cela ne vous pai^aît-il pas étrange ?
BÉATRICE
Aussi étrange pour moi que la chose que j'ignore. Je pourrais aussi aisément vous dire que je n'aime rien autant que vous; mais ne m'en croyez point, et pourtant je ne dis pas un mensonge : je n'avoue rien; je ne nie rien. — Je m'afflige pour ma cousine.
BÉNÉDICK.
J'en jure par mon épée; vous m'aimez, Béatrice.
BÉATRICE
Ne jurez point par elle , dévorez-la
BÉNÉDICK.
Je jure par elle que vous m'aimez, et je la ferai dévorer toute entière à qui dira que je ne vous aime point.
Ne voulez-vous point dévorer votre parole?
BÉNÉDICK.
Jamais; quelque sauce qu'on pût inventer! Je proteste que je vous aime.
BÉATRICE
Hélas! que Dieu me pardonne donc!..
BÉNÉDICK.
Quelle offense, chère Béatrice? s. - :-.o:
ii6 BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,
BEATRICE
Vous m'avez bienheui^eusement coupé la parole j j'étais sur le point de protester aussi que je vous aime.
BÉNÉDICK.
Ah ! faites cet aveu de tout votre cœur.
BÉATRICE
Mon cœur est si occupé de vous aimer, qu'il ne lui reste pas de voix pour vous le dire.
BÉNÉDICK.
Allons, commandez-moi tout pour vous servir.
BÉATRICE
Tuez Claudio.
BÉNÉDICK.
Ah ! — Non... pour les tr-ésors de l'univers.
Vous me tuez par ce refus ; adieu.
BÉNÉDICK.
Arrêtez, chère Béatrice.
BÉATRICE
Je suis déjà partie quoique présente à vos yeux. — Vous n'avez pas d'amour. — Non, je vous prie, laissez-moi partir.
BÉNÉDICK.
Béatrice !
BÉATRICE
Décidément, je veux sortir.
BÉNÉDICK.
Il faut que nous soyons amis auparavant.