‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 61 sur 294 · ACTE IV, SCÈNE I. n · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I. n

BÉATRICE

C'est l'office d'un homme, mais vous n'êtes point cet homme.

BÉNÉDICK.

Je n'aime rien dans le monde autant que vous. Cela ne vous pai^aît-il pas étrange ?

BÉATRICE

Aussi étrange pour moi que la chose que j'ignore. Je pourrais aussi aisément vous dire que je n'aime rien autant que vous; mais ne m'en croyez point, et pourtant je ne dis pas un mensonge : je n'avoue rien; je ne nie rien. — Je m'afflige pour ma cousine.

BÉNÉDICK.

J'en jure par mon épée; vous m'aimez, Béatrice.

BÉATRICE

Ne jurez point par elle , dévorez-la

BÉNÉDICK.

Je jure par elle que vous m'aimez, et je la ferai dévorer toute entière à qui dira que je ne vous aime point.

Ne voulez-vous point dévorer votre parole?

BÉNÉDICK.

Jamais; quelque sauce qu'on pût inventer! Je proteste que je vous aime.

BÉATRICE

Hélas! que Dieu me pardonne donc!..

BÉNÉDICK.

Quelle offense, chère Béatrice? s. - :-.o:

ii6 BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,

BEATRICE

Vous m'avez bienheui^eusement coupé la parole j j'étais sur le point de protester aussi que je vous aime.

BÉNÉDICK.

Ah ! faites cet aveu de tout votre cœur.

BÉATRICE

Mon cœur est si occupé de vous aimer, qu'il ne lui reste pas de voix pour vous le dire.

BÉNÉDICK.

Allons, commandez-moi tout pour vous servir.

BÉATRICE

Tuez Claudio.

BÉNÉDICK.

Ah ! — Non... pour les tr-ésors de l'univers.

Vous me tuez par ce refus ; adieu.

BÉNÉDICK.

Arrêtez, chère Béatrice.

BÉATRICE

Je suis déjà partie quoique présente à vos yeux. — Vous n'avez pas d'amour. — Non, je vous prie, laissez-moi partir.

BÉNÉDICK.

Béatrice !

BÉATRICE

Décidément, je veux sortir.

BÉNÉDICK.

Il faut que nous soyons amis auparavant.

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