‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 62 sur 294 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

BÉATRICE

Il VOUS est bien plus aise' d'oser vous offrir à moi pour ami, que d'oser combattre mon ennemi.

BÉNÉDICK.

Claudio est-il votre ennemi ?

BÉATRICE

N'est-il pas devenu le plus lâche des scélérats; celui qui a calomnié, insulté, déshonoré ma parente? Oh ! que ne suis-je un homme! — Quoi! la mener par la main jusqu'au moment oii leurs deux mains allaient s'unir ; et alors, par une accusation publique, par une calomnie déclarée, avec une rage effrénée, la. . . Dieu , que ne suis-je un homme ! Je voudrais lui dévorer le coeur dans la place publique.

BÉNÉDICK.

Écoutez-moi, Béatrice.

BÉATRICE. -'

Elle , s'être entretenue avec un homme à sa fenêtre ! Oh ! la belle accusation .

BÉNÉDICK.

Mais, Béatrice...

BÉATRICE

Tendre Héro! Elle est injuiiée, trahie, perdue.

BÉNÉDICK.

Béat... '■ ': ;

BÉAT!\ICE

Eux, des princes et des comtes! Vraiment, beau témoignage de prince! un beau noble de sucre '^^'') ! en vérité, un fort aimable galant! Oh ! si je

ii8 BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN, pouvais, pour l'amour de lui, changei- de sexe! Ou si j'avais un ami qui voulût se montrer un homme pour l'amour de moi !.. mais le cœur s'est fondu en politesse, la valeur en compliment, les hommes en langues et en langues dorées. Pour être aussi vaillant qu'Hercule, on n'a besoin aujourd'hui que de savoir mentir, et de jurer ensuite, pour appuyer son mensonge. — Je ne puis devenir un homme malgré mon désir. — Je resterai donc femme, pour mourir de ma douleur.

Arrêtez, généreuse Béatrice. Par ce bras, je vous aime.

BÉATRICE

Au lieu de jurer par ce bi'as , employez-le pour l'amour de moi à un autre usage.

BÉNÉDICK.

Croyez-vous , dans le fond de votre âme , que Claudio ait calomnié Héro ?

BÉATRICE

Oui , j'en suis aussi sûre que d'avoir une pensée ou une âme.

BÉNÉDICK.

Il suffit. Ma parole est engagée. Je prétends le défier. — Je baise votre main et vous quitte ; j'en atteste cette main, Claudio me rendra un compte bien rigoureux. Jugez-moi par ce que vous entendrez dire de moi. Allez consoler votre cousine. Je dois assurer qu'elle est morte... c'est assez. Adieu.

( Ils sortent. >

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